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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /2009 20:38

INTERSTITIELLES par Jean-François Blavin publié en 2006 aux Editions d’Ici et d’Ailleurs.





Jean-François Blavin dans
son recueil, Interstitielles se livre à un exercice périlleux, où il  approche avec bonheur et pour notre plus grand plaisir l’art si épuré des haïkus, sans pour autant se plier entièrement  à ses règles.

Il nous apparaît comme un gourmet des instants de vie fugitifs de la scène parisienne. Nous l’imaginons fort bien, armé de son petit calepin, assis à la terrasse du café « Hall 1900 », comme  il  le dévoile à la fin du Recueil ; brossant d’un trait vif et lapidaire les menus instants du quotidien de « l’hominus parisianus ».  

La fraicheur, la spontanéité et  la simplicité du style feraient oublier qu’il est reconnu depuis de nombreuses années, car ayant également publié, Frégates  folles et Où est  le sens, en 1998, Ravines du Ciel en l’an 2000,  couronné cette même année du Prix René-Guy Cadou par la Société des Poètes Français, Laudes solaires pour Laure en 2002, Odyssée des âmes citadines en 2005, et Le Charroi des lisières en 2008. L’Académie de la Poésie Française lui a, en outre, décerné Le Prix Léopold Sédar Senghor pour la qualité de l’ensemble de son œuvre.

   

Ces poèmes, instants de vie, croqués sur le vif, n’ont pas de titre. Mais, dès les premiers lignes, le décor est planté ; et les trois derniers vers viennent en  épilogue. Car souvent seul le sens nous guide. Et nous passons d’un poème à l’autre, comme si l’artiste insomniaque, se réveillait par à coups, juste à temps pour saisir au passage l’ambiance du jour, du moment, ou croquer l’homme qui passe. Tout comme dans le rêve, certaines images, semblent s’évader de l’instant,  du contexte, et  pénétrer dans le «  Stream of Consciousness » [courant de pensée] si cher aux Anglo-saxons. Car comme par association d’idées, une pensée  lui en amène une autre :

 

 «  Prémices du jour

Quand la ville attend sa fête

Au jour d’Oradour »

(…)

« Combien ils furètent

Les fins limiers

Jusqu’où cette quête ? »

 

Nous avons également un clin d’œil d’une journée passée au Palais de Justice.

 

De cette terrasse de café, où il est témoin d’une humanité de passage, ses mots deviennent alors peinture du fugace et du dérisoire :

 

«  Ivre de jactance

En sa folle ébriété

Il se fait confiance

 

Derrière sa vitre

Le laveur livide, muet

Regarde le pitre »

 

Ou encore, plus coquin :

 

 « La musique accompagne

L’émoi de l’adolescent

A l’abri du pagne 

 

S’aura-t-il aimer

La pépite des bas-fonds

Par ce clair été »

 

Chaque poème émet une pensée, une réflexion, qui nous entraîne au-delà du visuel,   vers le sens de la vie. Car Jean-François Blavin se pose en éthologue observant la fourmilière, où tout ce qui paraît essentiel, se révèle, sous sa plume, dérisoire.

 

Il  faut se souvenir  qu’il est également  Conteur et Liseur. S’il aime partager, il adore  aussi  découvrir et faire découvrir. A l’Association des Poètes «  Du côté du Pont Mirabeau », chaque dernier  Vendredi du mois, il reçoit et présente d’autres confrères.  Et souvent le Samedi, avec d’autres « aficionados »,  ils se réunissent pour lire leurs dernières créations. Car créer est, pour eux avant tout,  jeu et plaisir.

 
Le petit livret couleur crème d’une quarantaine de pages  a été préfacé par Maurice Lestieux qui nous révèle, avec brio, quelques unes de ses pierres précieuses.  

Chaque poème est illustré par un dessin évocateur, réalisé à l’encre de Chine par Nicole Durand, co-directrice tout comme Jean-François Blavin et Nicole Barrière de l’Association des Poètes «  Du Côté du Pont Mirabeau ».  


Dessin de Nicole Durand 

http://pont.mirabeau.free.fr/

 

Chantal Sayegh-Dursus 

Par Punch-frappe - Publié dans : Coups de coeur littéraires - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 15:35

 


 

Mon jardin se meurt,

Il est peut-être déjà mort.
Il est comme un vulgaire terrain vague.
Les deux buis de l’entrée sont desséchés.
Les iris, qui furent si prolifiques,
Ont maintenantl’aspect d’un bouquet rachitique.
Le laurier est à presque mort,
Et ses moignons font piètre figure,
Ses fleurs furent petites cette année.
Le rosier sous sa treille n’a pas été taillé,
Les bourgeons ont grossi comme des prunes,
Et  pendent maintenant sur son corps rachitique.
Les herbes folles rampent le long du sol,
Comme les poils hirsutes d'un animal malade.
Ce qui fut naguère une pelouse n’est plus qu’une pelure.
Les herbes aromatiques n’ont pas survécu,
Seuls les groseilliers ont porté,
De belles grappes vermeilles, de fruits gros comme des billes.
Le cassis a donné également de beaux fruits.
Mais le framboisier et le mûrier sont restés trois mois en souffrance,
Avant d’être replantés, après mon accident, 
Donc un seul a survécu,
  
 A l’arrière, près de la véranda,
Le cerisier a donné quelques fruits,
Dont se sont régalés les oiseaux assoiffés.
Mes trois buis de l'arrière sont tout à fait morts,
Le figuier, lui, s’est desséché complètement,
Une mauvaise herbe prolifique l'a totalement étouffé. 
L’hibiscus bleu s’est bien comporté.
Les autres plantes ont survécu comme elles ont pu. 
Les herbes folles font à mon jardin couronne hirsute.

Mais au lieu que de le plaindre, ou au lieu que de me plaindre,
Dans quelques minutes, armée d’une béquille,
Assise sur une chaise en plastique toute bleue,
Je défricherai ce petit jardin abandonné,
Je changerai mes buis,
Et avec un échenilloir, je taillerai mon rosier.
Par un jet d'eau , je rendrai à ma terrasse en marbre rose son bel aspect d’antan.
Puisque dans cette maison, j’ai décidé de vivre tout comme auparavant.
Sur un ton directif, je  forcerai ceux qui peuvent marcher sans peine,
A creuser des trous où je pourrai planter toutes les belles plantes,
Qui m’ont si souvent fait envie, dans les émissions de Stéphane Marie.
D’un jardin sec et stérile, je créerai en trois jours un coin de paradis.
C’est ma vie qui recommence et puisque je vais remarcher,
Faisons pour ce jardin ce que je ferai pour moi assurément demain.
Projetons vers lui tous les désirs enfouis,
Replantons ce qui ne fut qu’en sommeil quelque temps.
Que la volonté de lui rendre le faste qu’il n’eût qu’en rêves,
Guide également mes créations futures.

 

Chantal Sayegh-Dursus

Par Punch-frappe - Publié dans : Mes écrits - Communauté : Inspirations poétiques
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