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Le magazine consacrait sa partie littéraire à Bernard Werber. Je le connaissais, si on pouvait l’exprimer ainsi. Car j’avais lu les Thanatonautes, l’Empire des Anges, et peut-être même autre chose encore, dans un soupir, malgré moi, par plaisir, par goût sans doute, par curiosité certainement, comme on déguste une friandise, offerte là, et ramassée par hasard.
En effet, j’ai la particularité de ne m’intéresser à un auteur qu’après que son œuvre m’ait murmuré à l’oreille des choses indicibles rejoignant peut-être inconsciemment ma propre quête, mes propres errances.
Et, là, dans une interview, il narrait une séance d’hypnose dont il avait été l’objet, le renvoyant à un passé probable. Une nouvelle en découlait, qui faisait appel à toutes les légendes et on-dit chuchotés. Y croire ? Pourquoi pas ?
Et de ricochets en ricochets devant ce Wifi intégré que je venais d’acquérir et que la nonchalance seule m’empêchait de brancher, je me replongeai paresseusement dans un passé si lointain que je n’eu pu l’avoir vécu, occultai d’un trait toutes mes connaissances et acquis du présent, ne désirai plus m’en souvenir, car n’y trouvant plus aucune utilité, puis m’efforçant même de m’en rappeler, n’y arrivai plus. Effacée ma vie d’aujourd’hui, car dans ce passé lointain, mon moi présent n’avait plus aucune place vécue, les inventions présentes n’avaient pas été encore inventées, car la molécule de conscience qui les créerait, n’existait point encore.
Assise à mon bureau, ce passé inconnu me quitta lentement, s’estompa, s’effaça, pourrait-il en être autrement
N’avait-il, peut-être même, jamais existé ?
Et si je refaisais, maintenant, le chemin inverse, vers les devenirs futurs. Les devenirs futurs que suivrait ma conscience, encore présente, pas encore effacée, et pas encore recréée dans cet avenir certain, mais aussi incertain pour moi qu’une page blanche où rien de connu n’avait encore été écrit.
Et comme un équilibriste sur le bord de l’abîme, je m’avançai, le cœur étreint de toutes les
angoisses, car si chaque minute, chaque seconde me préparaient à la suivante, je me projetai
maintenant sans filet ni sans carte vers un avenir lointain où probablement je ne serai plus
…même en devenir.
Chantal Sayegh-Dursus
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