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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 21:12

La féssée à l'école Photoj m 3 014

 

 

(...)

 

Je racontai bien plus tard à ma mère toutes ces violences. Elle m’encouragea à les lui pardonner  m’expliquant que c’étaient des séquelles datant de l’époque de l’esclavage, où une partie de la population  avait subi des atrocités innommables. Il s’agissait maintenant d’une sorte de  rapport post-traumatique. Sa propre grand-mère lui avait raconté que certains propriétaires faisaient dégringoler leurs esclaves du haut des mornes de la Vallée de Beaugendre, à l’intérieur de tonneaux fermés, dans lesquels étaient plantés des clous en fer rouillés, afin de les punir.

Selon la gravité des griefs formulés à leur encontre, certains esclaves pouvaient même être battus  jusqu’à ce que mort s’ensuive, ou avoir les mains plongées dans de l’huile bouillante…  Cette institutrice  aurait pu rosser d’aussi bon cœur ses propres enfants si elle en avait eu.  

Les violences maintenant répercutées de génération en génération faisaient maintenant partie du patrimoine génétique... 

 

En effet, c’est toute une population qui avait été traumatisée, et, contrairement au mémorial juif, il n’y avait eu aucune reconnaissance du préjudice subi, ni aucune offre de réparation. L’oubli, seul, était recommandé, puisque maintenant nous faisions parti de la République Française en tant que DOM. Mais, cela avait été obtenu par Aimé Césaire pour la reconnaissance du sang  versé pendant la deuxième guerre mondiale.

 

J’ai moi-même remarqué que ce ressentiment ancien, cette dette non soldée, du temps de l’esclavage, remontait en surface, lors d’une altercation ou d’une  parole malheureuse, les esprits s’échauffaient et il en fallait de peu que la population n’en vienne aux mains.  

Dans ces cas particuliers les anciens colons s’enfermaient chez eux jusqu’à ce que l’orage soit passé. Dans des situations extrêmes, cela aurait pu  tourner au lynchage. Et certains se souvenaient encore comment certains à la Révolution Française, massacrés par leurs propres esclaves, qui prêtèrent mai forte aux membres de la Convention, durent s’enfuir à la Martinique ou à La Nouvelle Orléans.

 

C’est pour cette raison qu’il y avait peu  de gendarmes antillais ; afin que les ordres donnés soient exécutés, sans tergiversation et sans état d’âme  en cas d’émeute. Le reste du temps, ils intervenaient mollement et à contrecœur pour séparer des antagonistes lors d’échauffourées ordinaires et arrivaient généralement quand la bagarre était terminée.  

C’est aussi pourquoi que lorsqu’il fut proposé   un texte sur les avantages de la colonisation, cette bombe à retardement,  toujours amorcée, aurait pu exploser.

 

(...)

 

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commentaires

ch.Dutasta 24/06/2012 22:11


Beaucoup de choses à dire sur la fessée, religieuses et religieux la pratiquaient également dans les couvents.... Punition...ou assouvir de la sensualité cachée, et tant de choses encore...


Christian

Punch-frappé 25/06/2012 01:53



Ah des fantasmes Christian !


Effectivement si elle faisait partie de l'éducation à une certaine époque, elle est dépassée maintenant comme méthode d'éducation.


@ Bientôt Christian



écureuil bleu 16/06/2012 21:18


Ce sont des horreurs qu'il ne faut pas oublier ou minimiser. Bisous

Punch-frappé 17/06/2012 13:21



Tout à fait, c'est en en parlant que l'on cible les dommages ; ce qui peut aider certains à passer à autre
chose, et surtout à arrêter de fouetter les enfants. Une démarche psychanalytique en quelque sorte.



gilbertilo 10/06/2012 22:56


En ce qui concerne la fessée elle même je ne te suivrai pas dans ton explication,je crois que cette violence est universelle et pour des raisons sûrement diverses.Pour le traumatisme inscrit dans
l'inconscient collectif antillais suite aux crimes perpétrés par les esclavagistes ,il est indéniable.Nous avions un prof d'histoire sans scrupules à nous raconter ce qu'il avait vécu en
Algérie(toutes ces atrocités que l'on nous avait cachées)aussi pouvait on donner foi à ses explications sur ce commerce étrange nommé"trafic triangulaire".Si les principes de l'esclavage ne nous
étaient pas inconnus,ce qui nous surpris et plus nous renversa le coeur,ce fut la révélation de la complicité de tribus africaines à chasser et vendre leurs semblables pour quelques bénéfices qui
nous parûrent dérisoires.L'homme était donc un loup pour l'homme.La gravité finit donc par transpirer Chantal,tu fais bien ,laisse aller ton coeur.Bonne nuit,je reviendrai sur ces lignes
douloureuses @plus sur le chemin.

Punch-frappe 11/06/2012 00:42



Oui, l'on oublie souvent le négoce des tribus africaines qui allaient chercher "leurs frères" à l'intérieur des terres pour les vendre sur la côte aux négriers. L'écrivain Maryse Condé
décrit très bien cette imposture et cette hypocrisie. C'était tout simplement l'offre et la demande. L'on pouvait également règler des comptes en se saisissant de son ennemi afin de le vendre aux
bateaux en partance. L'on fait preuve de beaucoup d'angélisme et de naiveté que de croire que ceux qui sont partis ont été arrachés par les armes à la terre mère. Par les armes oui, mais de
leurs propres compatriotes lors de guerres fratricides. Les Africains ont recemment commencé ce devoir de mémoire et de repentance. Maintenant de nombreux ouvrages osent traiter de ce
sujet. En outre, les chaines aux pieds sont encore mis dans les villages aux malades mentaux. Une Association se charge d'aller de village en village pour les ramener dans un centre de soins. En
outre, de nos jours l'esclavage persiste en Mauritanie et dans les Etats arabes. Ce n'est pas non plus par hasard que des diplomates africains amènent de jeunes esclaves dans les Ambassades. Il y
a tant à dire, que l'on ne sait où commencer.


En matière de fessée, je parlais de fessée extrême ; qui est davantage un défoulement de rancoeurs profondes et souvent cachées et inavouées, qu'une simple gifle pour réprimer un
manquement, ou de quelques tapes sur les fesses quand un enfant s'est mal comporté.


@+ Gilbertilo



mamazerty 10/06/2012 19:03


un rappel très fort et qui peut expliquer certaines façons d'être...je me dis que çà peut peut être s'appliquer aussi à certaines ethnies de Guyane "française" qu'on pourrait juger violentes dans
leur rapport parents/enfants.(j'ai une amie qui est depuis plus de 10 ans en Guyane et qui m'en parle régulièrement)


on ne sait pas l'étendue des dégâts de cette horreur,mais c'est sûrement un cancer toujours présent car pas DIT et donc pas exorcisé...tu nous ouvres à d'autres réflexions

Punch-frappe 11/06/2012 00:22



Oui les parents violents sont souvent ceux qui ont subi eux aussi des violences.  On
ne le rappelle jamais assez; les plus  grands criminels étaient au départ des enfants martyrs.



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