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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 18:57

bougie allumée

(...)

 

 

Elles vécurent plusieurs années ensemble, dans une petite bourgade du Sud-ouest ; s’occupant d’un négoce appartenant aux  parents de son amie. Son frère, installé au Maroc, eut des jumelles, et comme son épouse avait du mal à se remettre de l’accouchement, il la pria de les y rejoindre. C’est là qu’elle rencontra son époux. Enfin qu’elle le vit pour la première fois… en chair et en os. Mais cela, c’est une autre histoire.                                                                                                                                                                    

 

 Les mentalités, là-bas,  étaient fort différentes de ce qu’elle avait connu en Europe. Elle put apprendre, à ses dépens, ce que l’on appelait à très juste titre  « le choc des cultures et l’affrontement des civilisations. »Pour ne rien arranger son mari était fils unique d’une veuve, qui l’appréhenda  rapidement comme une très bonne affaire puisqu’elle avait, à peu de frais, une dame de compagnie, quand son fils se trouvait au bureau. Mais elle était considérée et traitée comme une invitée… chez eux. À de nombreuses reprises, elle avisa de se rebeller, mais le regard d’acier de son époux l’en dissuada. Bien qu’elle n’ait pas eu à se plaindre de lui. C’était un très bel homme, charmant ; qui l’aimait et la choyait. Il lui avait d’ailleurs  acheté ce que tous considéraient à l’époque comme la plus belle salle-à-manger de Tanger. Mais elle était définitivement devenue une femme au foyer, qui était tenue d’obéir au doigt et à l’œil, et ce n’était pas peu dire en Afrique du Nord. Et elle n’avait nul choix, car trois garçons étaient nés de leur union.

 

 

À la mort de sa belle-mère son mari vendit toutes ses possessions au  Maroc, et décida de rejoindre son frère et sa belle-sœur, dont il était le cousin, qui vivaient maintenant en région parisienne. Mais la guerre avait changé la donne.  Quand elle fut terminée, tous les immeubles de leur famille, qui se trouvaient en Europe de l’Est, furent confisqués par les communistes. Ils purent conserver l’appartement dans lequel ils vivaient, mais ils devaient  en régler le loyer à l’Etat. Donc, s’ils étaient rentrés dans leur pays, leur vie aurait été totalement différente de ce qu’ils avaient connu précédemment. Ses frères et sœurs qui étaient restés bloqués là-bas auraient bien aimé échanger leur place contre la leur, car dans les lettres qu’ils lui envoyaient, ils lui faisaient chaque jour part de la très grande pénurie qui y régnait.  Bien qu’en France l’on ne pouvait dire qu’ils étaient mieux lotis.

 

 

La guerre avait fait table rase du monde ancien et il fallait tout réinventer. Ce renouveau s’exprimait par la mode, mais aussi par une certaine évolution des mentalités. Ce qui n’était pas de prime abord pour lui déplaire, car pour vivre et surtout pour  avoir les moyens d’offrir à ses enfants les opportunités qui avaient été les siennes,  il lui fallut explorer de nouvelles pistes, se plier à de  nouveaux métiers. C’est ainsi qu’elle se mit à la couture, et fut bientôt en mesure de réaliser non seulement ses propres robes, mais également des manteaux ou des costumes. Elle acquit même une telle habilité dans ses créations qu’un grossiste accepta de lui  confier deux machines à coudre, du tissu ainsi que des patrons. Le jeudi était le jour de la livraison du travail d’une semaine entière, qu’elle effectuait  à l’aide d’un grand landau. Les vendredis, elle faisait le mannequin avec différents vêtements féminins. Toujours avec son landau chargé, elle démarchait les clients du négociant.   Il lui suffisait d’enfiler les modèles à la suite, dans une cabine d’essayage. Les  magasins choisissaient de commander ceux qui leur avaient plu. Elle était ainsi à son propre compte tout en travaillant à « temps choisi » comme cela se dit maintenant. Car il lui fallait également s’occuper de sa maison et de ses quatre « hommes ».  Mais quand elle réfléchit actuellement aux choix qui ont été les siens, elle peut maintenant affirmer sans crainte de se tromper, qu’elle a jouée toutes les cartes qu’elle avait en main à cette époque. Et l’on peut dire que la donne n’était pas fameuse au départ. Aussi, elle estime avoir le droit de s’enorgueillir du succès de ses enfants ou de s’attrister de leurs échecs, car, pendant tout le temps qu’a duré leur éducation, elle les a aidés  et soutenus du mieux qu’elle a pu. 

 

(….)

 

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