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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:35

 

bougie allumée

 

 

 

L’on était déjà le sept du mois. Comme le Directeur Général le lui avait demandé, à la requête expresse du Directeur Financier, elle confierait à ce dernier ses quarante pages de reporting, avant de les envoyer par fax aux Etats-Unis.  

                                                                                                                                                                                                                                                  Il est certain que cela ne la gênait aucunement, tant il est vrai qu’un regard distancié permet souvent de noter certaines incohérences ou petites erreurs qui pourraient nuire à la crédibilité de l’ensemble. Erreurs qu’elle aurait pu oublier ayant été, bien malgré elle,  à la fois musicien et chef-d'orchestre pour cette partition.  

                                                                                                                                                                                                                                                                   Mais elle fut bien obligée de constater, au fil des mois, que le Directeur Financier se contentait de bloquer le rapport jusqu’à la date fatidique, sans qu’aucune annotation ou remarque ne soit faite pour en changer un chiffre ou même un simple mot. Et elle devait même le lui arracher des mains à la dernière minute, afin de l’expédier dans les temps. Par contre, au bout d’un jour ou deux, quand les questions affluaient, il se posait comme intermédiaire et posait comme critiques de simples demandes d’informations. Il est vrai qu’il lui fallait justifier un salaire quatre fois supérieur au sien, une voiture de fonction de luxe et des frais mensuels correspondant à la moitié de son propre salaire. Son poste lui conférait également  le privilège d’avoir un bureau d’angle avec double baies vitrées et de trôner jusqu’à onze heures du matin, les pieds sur son bureau, à décortiquer les pages financières des Echos ; qu’il lui apportait ensuite, en le déposant négligemment sur un meuble de classement. Pensait-il sincèrement qu’avec la masse de travail qu’elle devait accomplir quotidiennement, et le salaire qu’elle recevait, elle avait le temps ou les moyens financiers d’étudier le cours des différentes actions, afin d’y placer ses surplus de revenu ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                Le  soir, il venait lui dire au revoir dès dix-huit heures ; prétextant qu’il ne lui resterait rien à dîner s’il ne rentrait pas assez tôt à son domicile.                                                                                                                                                                                                                                                 Comme elle était passée devant son bureau quelques minutes auparavant, elle l’avait entendu descendre en flèche, pour un interlocuteur du siège social étatsunien, la Directrice marketing autrichienne. Elle imaginait fort bien dénigrant, les uns après les autres, tous les cadres de l’entreprise, qui pourraient lui porter ombrage d’une manière ou d’une autre. Apparemment, c’était sa manière à lui de se maintenir à son poste.                                                                                                                                                                                                                                                         

Un jour, lors d’une conversation où il était en veine de confidence, il lui avoua que, quelques années auparavant, comme  il gagnait fort mal sa vie en Ecosse, avoir eu l’idée de démarcher toutes les importantes sociétés anglaises ayant des filiales dans les Dominions. Cet emploi était le premier qu’il occupait en Europe. Il l’avait trouvé grâce à l’un des nombreux cabinets de recrutement anglo-saxons qui mettaient peu à peu pied sur le Continent. Du fait de l’importance du poste, aucun justificatif de diplôme ne lui avait été demandé, et il avait été également exempté de tout test de compétence.

 

(...)

 

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commentaires

marlou 10/12/2011 23:23


Intéressant...On se retrouve trop rapidement à la dernière ligne...


A quand la suite ?


Bises

Punch-frappe 11/12/2011 20:30



Merci Marlou


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