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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 23:30

 

Carte de l' Afrique et du Moyen-Orient  

Quand je fus affecté en 1964, tout était à mettre en place ; la politique éducative n’avait  vraiment commencé que depuis la Déclaration d’Indépendance du Ruanda-Urundi en 1962 ; autrement dit deux ans seulement auparavant.

Les directives présidentielles prévoyaient que tous les enfants issus de la  même classe d’âge devaient débuter leur éducation en même temps et être instruits et éduqués de manière identique ; qu’ils soient issus de la famille royale Tutsi, simples Tutsis, Hutus ou Twa.

 

En 1959, le dernier roi Tutsi avait été destitué par les Belges et le nouveau Président élu était Hutu.

En effet les Rwandais  avaient été d’abord colonisés par les Allemands avant de l’être par les Belges.

 

C’était l’époque de la démocratisation où nobles et non nobles avaient désormais les mêmes droits. C’était, également le début de l’ère de l’apprentissage de l’écriture qui venait de débuter au Rwanda « afin que les habitants s’approprient peu à peu les sciences nouvelles de ceux qui venaient de l’extérieur ».
Mais il serait erroné de croire que le pays  ne possédait  auparavant ni bibliothèque  ni tradition culturelle propre. Les connaissances et les traditions étaient auparavant orales et transmises par des « hommes bibliothèques ».  Ces hommes mémoires étaient communément appelés «  griots ». Ils se trouvaient souvent à l’intérieur d’une même lignée, génération après génération, pour une facilité évidente de transmission familiale.  Mais ils pouvaient également être choisis  après une série d’épreuves.  On exigeait d’eux une mémoire infaillible. Les élus désignés devaient mémoriser  et seulement mémoriser. Il leur était interdit d’interpréter ou de modifier aucun détail, même le plus infime. Ils étaient responsables de la conservation et de la transmission de deux sortes de textes : les textes royaux et les textes populaires.

Les textes royaux comprenaient les listes généalogiques Ubucurabwenge, les mythes Ibitekerezo, les poèmes Ibisigo  et les rituels magiques de cérémonie Ubwiru.

 

Avant l’Indépendance plus de quarante-trois souverains s’étaient succédé et chaque lignée devait être retenue par cœur. La première lignée est décrite comme provenant d’un autre monde et ayant atterri là où ils trouvèrent les gens qui s’y trouvaient déjà.

 

Les textes populaires, eux, étaient utilisés pour la vie quotidienne. Certains appelés Amateka y’Imityango résumaient l’histoire des grandes familles rwandaises. Les Ibyivugo  étaient des poésies héroïques. Les Indirimbo z’Ingabo étaient chantés lors des combats, les poésies pastorales s’appelaient Amazina y’inka, la poésie cynégétique Imyasiro, les proverbes et dictons Imigani, les énigmes et devinettes Ibisakuzo. Les chants Inanga devaient être accompagnés par l’Inanga, un  instrument à cordes traditionnel. Enfin il y avait la liste des chansons de louanges, d’amour ou encore les berceuses pour les enfants.

Ces retransmetteurs ne devaient oublier ni modifier aucun signe, ni aucun mot, sous peine de lourdes sanctions. Et de temps à autre le roi et la reine mère les interrogeaient pour vérifier la bonne conservation de leur bibliothèque.

 

(...)

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commentaires

gilbertilo 04/09/2012 19:28


 Les interprétations sont le fait ,non des récitants ,mais des auditeurs et c'est là que le bât blesse hélas!Et les forts quotients intellectuels  n' y peuvent rien.

Punch-frappé 04/09/2012 22:39



Comme tous les textes de transmission, les interprétations peuvent être diverses et variées et parfois même contradictoires.
Bises et bonne soirée à toi Gilbertilo



marlene04 04/09/2012 15:59


Le génie humain plus fort que tout ! J'apprécie.


Bises Chantal

Punch-frappé 04/09/2012 22:36



Les bibliothèques humaines mais qui peuvent être gommées à la mort des griots.



Alexandre 04/09/2012 10:25


Mais ce fut un autre temps

Punch-frappé 04/09/2012 15:56



Tu as tout à fait raison Alexandre, c'est pour cette raison que je viens de remplacer dans le titre traditionnelles  par ancestrales. Bien que...Quien sabe ?



mamalilou 04/09/2012 04:00


ça c'est de la valorisation des forts quotients intellectuels pourvus par une mémoire à répertorier!!


merci pour ce billet enrichissant


bisous

Punch-frappé 04/09/2012 15:53



Une bibliothèque à l'état brut qui se contente de retransmettre et non de filtrer ni d'interpréter en fonction de ses acquis, connaissances ou intuitions. Une tâche très ardue en
effet ! 



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