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Coups de coeur littéraires

Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 00:30

Un été à L’Isle Adam  et Le Jardin des cinq sens par Jacques Taurand

Aux Editions de Saint Mont.

Et- - IA


 
L’auteur vécut de 1936 à 2008, et  fut Adamois de 1994 jusqu’à sa mort. Si Jacques Taurand a excellé dans divers genres littéraires, c’est certainement parce qu’il se les appropriés tous. Selon lui, l’angoisse de la page blanche ne se produit que lorsqu’on se force à écrire alors que l’on n’a rien à dire.  
Sa veine poétique et satirique s’inspire de la réalité et de la vie quotidienne. Bien qu' ayant vécu autrement que par  son Art,  il fut  très prolifique. Son ouverture d’esprit,  universelle, le fit apprécier par exemple par Mohammed Dib, qui publia des fragments de sa Nouvelle Un Dimanche dans la revue Algérie Littérature N°85/86 en nov.2004 ; ou encore par Jacques Rabemananjara, ex Vice-président de Madagascar, l’un des chantres de  la négritude qui préfacera son second recueil Paroles d’Eau.
On dit Jacques Taurand héritier de l’Ecole de Rochefort, » qui fut animée par Jean Bouhier, René Guy Cadou, Luc Mérimont, Jean Rousselot et Michel Manoll ; Ecole empreinte du mot « liberté »


Le livret de ses deux Nouvelles, Un Eté à l’Isle Adam suivie par Le Jardin des cinq sens  semble, à première vue un simple guide touristique, pouvant intéresser des visiteurs de passage. Mais, en  nous y plongeant, nous nous voyons entraînés dans un Monde onirique et fantasmagorique où le rêve et la réalité sont étroitement entremêlés. Il nous narre comment avec l’intention d’acquérir un bonheur-du-jour, il se rend à la Salle des Ventes de l’Isle Adam, où il est distrait par la mise aux enchères d’une photographie de Gérard de Nerval , signée par Nadar, sur laquelle il décide d’enchérir.  Puis comment il est  entraîné par l’acquéreuse  finale, Sylvie de Maulnaye, dans un Monde parallèle insoupçonnablele. Ils se dirigent vers   l’Auberge du Cabouillet, où ils s’attablent.  Et là, elle lui fait une invitation étonnante : rencontrer chez elle, dans son château situé dans les hauteurs de L’Isle Adam, Gérard de Nerval lui-même.  Nous voilà embarqués malgré nous dans un Monde enchanté, mais qui semble pourtant si proche de la réalité. Nous chercherons ensuite l’Auberge des Trois Anneaux près de la place du petit Martois à Pontoise où  elle se trouvait jadis et où il ne subsiste plus que les trois anneaux. Un enfant rouquin, vêtu de vêtements anciens,  bien que neufs, juché sur une bicyclette d’un autre âge mais en parfait état m’indiquera l’endroit, face à l’église, que je ne trouvai point, bien que je lui prétendis le contraire alors que je m’en allai. Puis le Jardin des Cinq Sens, en face du Musée Pissarro, sur les contreforts de Pontoise, où désirant m’y rendre y entraînai mon mari, une amie ainsi que sa mère. Sur un banc jouant avec un chat noir, comme s’il était chez lui un homme d’âge moyen aux vêtements intemporels me sourit. J’interpelai mes compagnons de promenade et leur demandai de se souvenir du visage de cet homme. Une fois rentrée je leur montrai un portrait de Gérard de Nerval. Ils crurent tous à une imposture ou à une blague concoctée de longue date.   Me suis-je noyée dans Jacques Taurand à en perdre la raison ? Nul ne le saura jamais !

Ce livre est à lire par tous les rêveurs, les amateurs d’histoires fantastiques, qui semblent croire que la réalité nous propose plus que nous n’acceptons de voir . Ou Jacques Taurand a-t-il simplement ouvert les portes d’un Monde parallèle qui m’a engloutie.

Chantal Sayegh-Dursus

Par Punch-frappe - Publié dans : Coups de coeur littéraires - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /2009 20:38

INTERSTITIELLES par Jean-François Blavin publié en 2006 aux Editions d’Ici et d’Ailleurs.





Jean-François Blavin dans
son recueil, Interstitielles se livre à un exercice périlleux, où il  approche avec bonheur et pour notre plus grand plaisir l’art si épuré des haïkus, sans pour autant se plier entièrement  à ses règles.

Il nous apparaît comme un gourmet des instants de vie fugitifs de la scène parisienne. Nous l’imaginons fort bien, armé de son petit calepin, assis à la terrasse du café « Hall 1900 », comme  il  le dévoile à la fin du Recueil ; brossant d’un trait vif et lapidaire les menus instants du quotidien de « l’hominus parisianus ».  

La fraicheur, la spontanéité et  la simplicité du style feraient oublier qu’il est reconnu depuis de nombreuses années, car ayant également publié, Frégates  folles et Où est  le sens, en 1998, Ravines du Ciel en l’an 2000,  couronné cette même année du Prix René-Guy Cadou par la Société des Poètes Français, Laudes solaires pour Laure en 2002, Odyssée des âmes citadines en 2005, et Le Charroi des lisières en 2008. L’Académie de la Poésie Française lui a, en outre, décerné Le Prix Léopold Sédar Senghor pour la qualité de l’ensemble de son œuvre.

   

Ces poèmes, instants de vie, croqués sur le vif, n’ont pas de titre. Mais, dès les premiers lignes, le décor est planté ; et les trois derniers vers viennent en  épilogue. Car souvent seul le sens nous guide. Et nous passons d’un poème à l’autre, comme si l’artiste insomniaque, se réveillait par à coups, juste à temps pour saisir au passage l’ambiance du jour, du moment, ou croquer l’homme qui passe. Tout comme dans le rêve, certaines images, semblent s’évader de l’instant,  du contexte, et  pénétrer dans le «  Stream of Consciousness » [courant de pensée] si cher aux Anglo-saxons. Car comme par association d’idées, une pensée  lui en amène une autre :

 

 «  Prémices du jour

Quand la ville attend sa fête

Au jour d’Oradour »

(…)

« Combien ils furètent

Les fins limiers

Jusqu’où cette quête ? »

 

Nous avons également un clin d’œil d’une journée passée au Palais de Justice.

 

De cette terrasse de café, où il est témoin d’une humanité de passage, ses mots deviennent alors peinture du fugace et du dérisoire :

 

«  Ivre de jactance

En sa folle ébriété

Il se fait confiance

 

Derrière sa vitre

Le laveur livide, muet

Regarde le pitre »

 

Ou encore, plus coquin :

 

 « La musique accompagne

L’émoi de l’adolescent

A l’abri du pagne 

 

S’aura-t-il aimer

La pépite des bas-fonds

Par ce clair été »

 

Chaque poème émet une pensée, une réflexion, qui nous entraîne au-delà du visuel,   vers le sens de la vie. Car Jean-François Blavin se pose en éthologue observant la fourmilière, où tout ce qui paraît essentiel, se révèle, sous sa plume, dérisoire.

 

Il  faut se souvenir  qu’il est également  Conteur et Liseur. S’il aime partager, il adore  aussi  découvrir et faire découvrir. A l’Association des Poètes «  Du côté du Pont Mirabeau », chaque dernier  Vendredi du mois, il reçoit et présente d’autres confrères.  Et souvent le Samedi, avec d’autres « aficionados »,  ils se réunissent pour lire leurs dernières créations. Car créer est, pour eux avant tout,  jeu et plaisir.

 
Le petit livret couleur crème d’une quarantaine de pages  a été préfacé par Maurice Lestieux qui nous révèle, avec brio, quelques unes de ses pierres précieuses.  

Chaque poème est illustré par un dessin évocateur, réalisé à l’encre de Chine par Nicole Durand, co-directrice tout comme Jean-François Blavin et Nicole Barrière de l’Association des Poètes «  Du Côté du Pont Mirabeau ».  


Dessin de Nicole Durand 

http://pont.mirabeau.free.fr/

 

Chantal Sayegh-Dursus 

Par Punch-frappe - Publié dans : Coups de coeur littéraires - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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