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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:46

 

la-soufri-re.jpg 

 

Gustave est né dans le Vaucluse au tout début du printemps 1924.

C’était un jour un peu spécial où il avait tonné toute la nuit, et  au matin, les cloches de l’église, contrairement à leur habitude n’avaient pas tinté les mâtines. Bien que ce ne fût pas prouvé certains soupçonnèrent le carillonneur, qui s’était un peu attardé au café la veille, de n’avoir pas su retrouver le chemin de sa maison, et de s’être assoupi dans un des nombreux fossés herbeux qui y conduisaient. Aussi la sage-femme, habitant dans le Bourg, qui attendait leur carillon aigrelet pour se réveiller ne le fit point. Ce fut donc Jean, aidé par son vacher, qui dut donner les premiers soins au bébé, quand ce dernier manifesta son impatience à naître.

 

« Pas plus difficile, ni plus compliquée qu’une vache à vêler la Marie » se plaisait à raconter Jean à tous ceux qui voulaient bien l’écouter. Ce qui se passait généralement en fin de soirée au troquet du village, quand tous les gars du coin, copieusement éméchés, commençaient à entonner des chansons à boire.

 

Mais ce qu’ignorait encore l’heureux père c’est qu’il avait donné naissance à un estroufaillleur. Et ce n’était pas chose courante, surtout dans la région. Tous pourront vous le dire. Nul ne se souvient, même de mémoire d’ancêtre, qu’il n’y en ait jamais eu. Et certains s’avanceraient  à affirmer que c’était bien le premier, non seulement de la région mais de toute la contrée.

 

L’enfant nourri à même le pis, grandit et forcit plus que l’on aurait pu s’y attendre, même pour un gaillard dont les jeunes taurillons avaient été les frères de lait.

 

Un jour qu’on l’avait oublié dans un coin de la grange, alors qu’il avait à peine à trois ans, comme il l’avait certainement sans doute maintes fois vu faire, il attrapa le seau à grain et nourrit toute la volaille, qui comptait bien plus d’un millier de poulets. D’un air assuré, il le remplissait au baquet et au fur à mesure le vidait dans les nombreuses mangeoires.

Si Marcel n’était pas arrivé juste au moment où il remplissait son dernier seau,  il aurait donné sa tête à couper, que ce n’était point lui qui avait nourri toutes ces poules.

 

Au début, tous s’en amusèrent, pensant qu’ils avaient affaire à un simple imitateur, un peu costaud pour son âge et  également un peu précoce, il faut bien l’avouer. Et tous pensaient, bien mal à propos, car les faits ne tarderaient pas à les contredire, que quand il grandirait, ce qui paraissait aujourd’hui si extraordinaire deviendrait avec les années tout à fait banal.

 

Mais quand un jour à la pharmacie du village à douze ans à peine, alors qu’il venait de s’acheter des boules de gomme, il tança la laborantine, lui affirmant qu’elle s’était trompée dans le grammage de la posologie du père Barnabé, et que la suite prouva qu’il n’avait point tort. Tous en furent estomaqués

 

Un autre jour, lors d’un marchandage pour un cheval de labour, il intervint dans la discussion, affirmant au maquignon ébahi que la bête avait été maquillée et en fournit la preuve.

 

De telles qualités auraient du, c’est évident, susciter une admiration sans borne. Tout au contraire tous vinrent à le craindre. Aussi en le voyant arriver tous faisaient profil bas et peu recherchaient sa compagnie. Mais comme un seigneur au milieu de ses sujets,  impavide et souriant, il donnait le bonjour à tout le monde, et avançait d’un pas alerte et décidé.

 

Avec toutes ces qualités évidentes, il fut souvent appelé pour résoudre des conflits d’ordre privé. En ces circonstances il ne pipait mot et se contentait  seulement d’observer les protagonistes. Ceux-ci après avoir déballé leur affaire, en arrivaient eux-mêmes à la conclusion qu’aucune manœuvre dilatoire ne pouvait être tentée en sa présence, donc l’accord était généralement rapidement conclu.

 

Mais tous éprouvèrent un immense soulagement  quand tant de talents évidents le firent aller défendre les intérêts de son département sous les ors de la République après être entré en politique.

 

  

 

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:41

 

La danseuse creole Copyright Christian Dutasta 0126

                   Danse créole, photographie©Christian Dutasta

 

 

Parée de jupons en dentelle empesée

Arborant un collier tout en grains d’or,

Le rythme l’emporte sur la piste cirée.

Elle vole dans les airs, la belle matador.

 

Ses anneaux sonnent au rythme de la mazurka

Ses ballerines glissent sur la piste de danse

La gwo ka  guide son pas en  tourbillons cadencés

Le tempo de la biguine l’habite, la belle matador

 

Comme une corolle ramassée,

Le chignon brillant d’huile de carapate,

Maintenu en une coiffe à quatre pointes,

Mariée mais disponible, coquine la belle matador  

 

Sa robe parsemée de fleurs de son île,

Entrecroisée de dentelle et de satin,

Fait tourbillonner son pas pour le bel'air,

S’ouvre en corolle pour la mazurka de la belle matador

 

Sa robe papillon se déploie dans les airs,

Comme une voile au vent,

Elle virevolte dans l’espace,   

Et fait s'envoler la belle matador

  

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 18:52

 

maison provencale haute et etroite-copie-1

 

C’était une maison minuscule, haute et étroite. Son prix surprenant, 23.000 €, l’avait immédiatement conquis. La première fois qu'il l'avait vue, la fenêtre brinquebalante et déglinguée, avait tout d’abord attiré son attention. Elle semblait lui faire signe de la rue.

Au rez-de-chaussée, il aurait plutôt dit au sous-sol, il y avait une sorte de cuisine/ salle-à-manger, et à trois marches au-dessus du niveau du trottoir, une petite pièce à vivre ; pas vraiment une salle de séjour. Ces deux pièces, bien que décalées, rejoignaient un petit décroché où était installée une minuscule salle d'eau incluant un WC. Le tout donnait sur un jardinet intérieur planté d’herbes aromatiques. La chambre à coucher, enserrée par.un balconnet, se trouvait au premier étage et ouvrait sur la rue. L’étage supérieur , lui, dépendait de l’habitation contiguë.

Comme il contemplait le mur crevassé et réfléchissait aux travaux qu’il lui faudrait entreprendre, le propriétaire prit son silence pour une hésitation, un désaveu. Et alors qu’il allait s’enquérir du coût des différentes charges afférentes au logement, celui-ci lui proposa dans un souffle:

« Et à 15.000 €, la prendriez-vous ? »  

 

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 15:19

ciel étoilé

 

 

Je me souviens dans le désert sur les dunes

Des esprits des elfes s’interpellant

Et au loin le bêlement ténu du bétail

Que les bergers ramenaient au bercail

 

Je me rappelle dans les bouges de Versourail

Quand les putes chantaient debout sur les tables

 

J’aime l’odeur des lieux sans souvenir

Où aucun passé ne me lie,

Ni aucun présent n’est palpable,

Où tout est à redécouvrir

 

J’aime danser dans des endroits inconnus où ne réside nulle ire,

Comme un enfant sans passé je prise les lieux

Où tout est joie et liberté

Où tout est encore disponible

Où je ne suis qu’une étincelle de vie

Point encore souillée par aucune lie

 

A travers les étoiles je lis

Je lis l’avenir d’une nouvelle vie

Une vie dessinée dans le ciel

Un ciel étoilé sans nul soleil

 

Mais, me chuchotent les étoiles, le soleil EST... étoile

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 20:36

 

 chalutier en mer démontée peinture de Stéphane Ruais

                                         

 

Son père était marin et sa mère mareyeuse. Le père pêchait et la mère vendait la pêche du marin. Leur maison toute blanche, couverte d’un toit tout bleu, se voyait de la mer.  De la même peinture bleue était peinte une partie de la coque du bateau du père. Alors quand il s’en allait, il restait un peu de sa barque, ici : la barque sur la mer et la barque sur la terre enracinée au sol avec son petit toit bleu.

Mais un matin de cet hiver, il avait du sortir. Les légumes gelés et les harengs fumés ne suffisaient plus à nourrir la maisonnée. Alors il avait pris la mer, car c’était ainsi qu’il gagnait leur vie. Ce matin-là, la brume envahissait la mer ainsi que toute la côte.

Au milieu de la nuit l'on cogna à la porte des coups brefs, énergiques. C’est le père qui revient ! Vite, vite, la mère met son châle et va lui ouvrir. Non ce n'est que Jacquemin.

Elle jette un œil à la côte, la barque bleue est au port, mais le père n’est point là.

On leur explique qu’il a été entraîné tout au fond par des filets trop lourds. Ils ont ramené les filets, mais le père, les sauveteurs le recherchent encore. S’ils ne l’ont pas retrouvé, dans dix heures, elle devra le pleurer.

Alors commença le compte à rebours...

Car c' est ainsi que vivent ou meurent les hommes de la côte !

 

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 13:13

 

 

DESSOUS PR

 

                  La pluie crépite sur le toit et je suis à l’intérieur de chez moi, bien au sec.

Je crois même que je me suis rendormie.

J’adore être au chaud quand il pleut et vente au dehors. Car j’ai rêvé d’un monde où j’étais sans abri ; abandonnée de tous, dormant dans des cartons. Alors quand il pleut et que j’ai un chez moi, je savoure le plaisir d’avoir encore un toit. Un toit qui me protège contre les intempéries.

Demain, peut-être, je n’en n'aurai plus.

Mais pour l’instant je m’enfouis dans des draps tièdes et frais. Je me permets même quelques rêves érotiques. Car, lorsque l’on a plus de toit Eros est à la porte. Il est douché, trempé, et se soucie peu de titiller les sens.

Grâce à Dieu, pour le moment, j’ai encore un abri. J’apprécie et savoure cet instant délectable.

Demain, peut-être, j’irai sur les routes venteuses. J’ai lu quelque part que, pour ne pas perdre la face, il faut se créer d’autres valeurs quand l’on a tout perdu. J’espère que je saurai alors m’inventer une autre vie ; comme l’oiseau sur la branche qui vit de peu mais qui est libre.

Pour l’instant, la pluie tambourine sur le toit, et je me love dans mes draps de soie et mes dessous PRADA.

 

draps de soie parurerouge-z

 

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 19:02

paysages-d-hiver.jpeg

 

Bien qu'elle ait partagé leur vie pendant de nombreuses années, jamais comme aujourd’hui elle n’avait ressenti un pareil sentiment d’exclusion, de rejet, de déni.

Souvent elle avait pris une gifle qui était normalement destinée aux jumeaux, car étant l’aînée, elle était censée prévenir leurs bêtises, empêcher  leur moindre faute, mais  s’en accommodait généralement assez bien. Cependant, lors des trois  dernières années,  vécues chez ses parents, elle avait douloureusement  ressenti qu’elle gênait, qu’elle était de trop.

 

 Lorsqu’ils quittèrent leur appartement, elle se souvenait encore qu’elle s’en était réjouie, puisqu’ ils s’en allaient pour une demeure plus spacieuse, avec de la pelouse tout autour. Aussi, avait-elle allègrement aidé à la préparation des cartons et fait le contraire lorsqu’ils avaient emménagé. Avant qu’elle ne s’aperçoive, stupéfaite, qu’aucune des pièces de la nouvelle habitation ne lui avait été attribuée, et que maintenant, elle n’avait simplement plus de chambre. Elle devrait  se contenter d’un petit lit pliant qu’elle installerait le soir dans l’espace séparant le séjour de la salle à manger, devant le replier, dès le matin, dans le grand placard du couloir.  

 

 Si elle avait partiellement occulté son nouveau statut, c’est que pendant la semaine, elle partageait une chambre dans une ville proche, avec une autre étudiante et ne rentrait que le week-end. Bien  qu’elle rêvât parfois de pouvoir un jour s’installer dans un studio qui n’appartiendrait qu’à elle.

 

Après le Baccalauréat, les études vers lesquelles elle s’était laissé orienter ne lui procurèrent pas les satisfactions espérées. Elle les avait donc arrêtées, deux ans plus tard,  pour travailler dans sa commune.

Mais  bien qu’elle ait acquis son autonomie financière, ses parents ne pouvaient s’empêcher d’énumérer encore et encore   la liste de tous ceux de sa promotion qui s’en revenaient de la Capitale, diplômés eux.

Alors, de guerre lasse, elle fit le projet de s’en aller elle aussi, et dans ce but, commença à faire des économies. 

 

Heureusement dans ce grand placard du couloir, elle avait pu, outre son petit lit, ranger tous les trésors qu'elle avait accumulés depuis l’enfance, ainsi que ceux achetés avec ses  emplois d’étudiante ; ajoutés à tous ce qu’elle pouvait s’offrir maintenant qu’elle était salariée.    

 

Comme elle s'était  mariée à la fin de ses études, elle ne revint dans la demeure familiale que pour de courts séjours. 

En ces occasions elle n’emportait rien, car le poids de fret autorisé ne lui permettait  jamais de reprendre les objets oubliés. Parfois même, ses emplettes terminées, trop chargée, elle laissait des bagages non essentiels qu’on lui promettait de lui expédier par la suite, avant d’oublier de le faire.

 

Les années passèrent, et un jour, elle décida de récupérer afin de les offrir à ses enfants tous ces objets qui ,on le lui  avait affirmé, avaient été remisés, et regroupés, dans des malles au grenier. Mais elle eut beau chercher, fouiller, elle ne trouvât strictement rien ; sauf un petit gilet en velours mité bleu marine, confectionné par la couturière de la commune à l'époque de son adolescence.

 

Elle interrogea, enquêta. Mais rien d’autre ne fut retrouvé. Plus rien ne remonta en surface de tous ces souvenirs si chers, thésaurisés au fil des ans.

 

Avec le temps, elle s’en fit une raison, et en conclus, du moins comprit enfin, qu’à son départ tout avait été distribué ou utilisé, comme on le fait généralement après un décès pour l’ensemble des biens d’un défunt.

 

 

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 00:54

 

 

007

          Copyright© Catherine Lys

 

 Une seconde d'inattention et je pénètre dans ce meuble qui avait attiré  mon attention dès mes premiers pas dans l'habitation.

  Je me fonds dans ce buffet en loupe de noyer. Ses jointures craquent. Elles s’opposent ; surprises. J’insiste. Il s’insurge et me tance vertement. Il m’informe qu’il est précieux et rare. Il le sait puisque tout le monde le dit. Car dès qu’on le voit, on le complimente. Il en a d’ailleurs pris l’habitude.

Pour me permettre une telle familiarité, suis-je si importante ? Au moins aussi importante que lui, s’enquiert-il ?

Que j’ose le pénétrer ainsi, sans nulle invitation. Faire corps avec lui, me mêler à lui. Alors que depuis des générations il campe seul, superbement, orgueilleusement seul.

Qui suis-je ? Quels sont mes titres de noblesse ? Cette alliance est peut-être contre nature. Auparavant il veut tout savoir de moi. Alors,  peut-être, m’acceptera-t-il,  consentira-t-il sans doute à être mêlé à moi. Mais je dois tout d’abord montrer patte blanche.

Qu’on ne dise pas par la suite en  nous voyant tous les deux :

«  Il aurait pu être beau ce buffet, mais il n’est que joli. Car il a quelque chose d’indéfini, de mal fini, d’étrange même. »

Il faudrait que je rehausse sa beauté, que je l’exalte ! Sinon d’une mésalliance, il n’en veut point. Il me le dit. Il me le fait savoir...

 

 

  Chantal Sayegh-Dursus© Propriété Intellectuelle Sécurisée

 

 

 

 

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