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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 01:33

bougie allumée

Il était certain que sa bru n’avait pas pris la mesure de qui elle était vraiment.                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Avant de venir en France elle était fondée de pouvoir, et octroyait ou refusait des prêts aux clients d’une grande banque d’Europe de l’Est.  Si elle était venue à Paris, c’est dans le projet d’y étudier l’Histoire de l’Art et, une fois rentrée chez elle, devenir Conservatrice d’un Musée national.   Elle avait rejoint son frère et sa sœur qui s'y trouvaient déjà et étudiaient la médecine. 

 

Quand la seconde guerre mondiale fut déclarée, elle était en vacances chez une amie dans le Sud de la France. Alors qu’elles étaient sur point de rentrer, elles apprirent que les Parisiens désertaient la Capitale et s’enfuyaient sur les routes. Elles jugèrent alors plus sage de s’organiser pour un séjour prolongé. Mais comme elles n’avaient pris de vêtements que pour de courtes vacances, quand l’opportunité s’en présenta, elles retournèrent toutes deux dans leurs logements parisiens afin de récupérer quelques affaires.

 

Arrivée chez elle, elle fut fort surprise de voir que son appartement avait été fracturé et que des voisins s’y étaient  installés. Ils parurent très étonnés de la revoir, et prétendirent que ne les ayant pas vus depuis un certain temps, ils s’étaient imaginés qu’ils s'étaient enfuis tous les trois. Elle les détrompa. En préparant ses bagages, elle s’aperçut que plusieurs pièces d’habillement lui manquaient, et les leur réclama. 

 

Dans la boîte aux lettres une missive de sa sœur, l’informait qu’elle n’avait pu traverser la frontière pour aller rendre visite à leurs parents, et qu’elle ne tarderait pas à rentrer. Elle rédigea un mot lui indiquant où la rejoindre dès son retour. Son frère, lui,  avait déserté la Capitale depuis de nombreuses années. Il était devenu résident marocain, car il s’était marié à une consœur, de nationalité française, originaire de là-bas.

 

Elle remplit à la hâte une grande valise de tout ce qu’elle pouvait emporter. Mais du laisser l'huile, le savon et le sucre, qu'elle avait commencé à stocker dès les annonces de conflit.    Son amie lui demanda de fractionner ses affaires en plusieurs sacs. Car les porteurs de valises subissaient maints contrôles qui risqueraient de les retarder.

 

 

(…)

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:35

 

bougie allumée

 

 

 

L’on était déjà le sept du mois. Comme le Directeur Général le lui avait demandé, à la requête expresse du Directeur Financier, elle confierait à ce dernier ses quarante pages de reporting, avant de les envoyer par fax aux Etats-Unis.  

                                                                                                                                                                                                                                                  Il est certain que cela ne la gênait aucunement, tant il est vrai qu’un regard distancié permet souvent de noter certaines incohérences ou petites erreurs qui pourraient nuire à la crédibilité de l’ensemble. Erreurs qu’elle aurait pu oublier ayant été, bien malgré elle,  à la fois musicien et chef-d'orchestre pour cette partition.  

                                                                                                                                                                                                                                                                   Mais elle fut bien obligée de constater, au fil des mois, que le Directeur Financier se contentait de bloquer le rapport jusqu’à la date fatidique, sans qu’aucune annotation ou remarque ne soit faite pour en changer un chiffre ou même un simple mot. Et elle devait même le lui arracher des mains à la dernière minute, afin de l’expédier dans les temps. Par contre, au bout d’un jour ou deux, quand les questions affluaient, il se posait comme intermédiaire et posait comme critiques de simples demandes d’informations. Il est vrai qu’il lui fallait justifier un salaire quatre fois supérieur au sien, une voiture de fonction de luxe et des frais mensuels correspondant à la moitié de son propre salaire. Son poste lui conférait également  le privilège d’avoir un bureau d’angle avec double baies vitrées et de trôner jusqu’à onze heures du matin, les pieds sur son bureau, à décortiquer les pages financières des Echos ; qu’il lui apportait ensuite, en le déposant négligemment sur un meuble de classement. Pensait-il sincèrement qu’avec la masse de travail qu’elle devait accomplir quotidiennement, et le salaire qu’elle recevait, elle avait le temps ou les moyens financiers d’étudier le cours des différentes actions, afin d’y placer ses surplus de revenu ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                Le  soir, il venait lui dire au revoir dès dix-huit heures ; prétextant qu’il ne lui resterait rien à dîner s’il ne rentrait pas assez tôt à son domicile.                                                                                                                                                                                                                                                 Comme elle était passée devant son bureau quelques minutes auparavant, elle l’avait entendu descendre en flèche, pour un interlocuteur du siège social étatsunien, la Directrice marketing autrichienne. Elle imaginait fort bien dénigrant, les uns après les autres, tous les cadres de l’entreprise, qui pourraient lui porter ombrage d’une manière ou d’une autre. Apparemment, c’était sa manière à lui de se maintenir à son poste.                                                                                                                                                                                                                                                         

Un jour, lors d’une conversation où il était en veine de confidence, il lui avoua que, quelques années auparavant, comme  il gagnait fort mal sa vie en Ecosse, avoir eu l’idée de démarcher toutes les importantes sociétés anglaises ayant des filiales dans les Dominions. Cet emploi était le premier qu’il occupait en Europe. Il l’avait trouvé grâce à l’un des nombreux cabinets de recrutement anglo-saxons qui mettaient peu à peu pied sur le Continent. Du fait de l’importance du poste, aucun justificatif de diplôme ne lui avait été demandé, et il avait été également exempté de tout test de compétence.

 

(...)

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 12:11

bougie allumée

 

 

Emma extirpait dossier après dossier tous les éléments marquants de ses années passées. Du moins les plus intéressants ; ceux qui avaient laissé çà et là un souvenir valant la peine d’être remémoré, parmi tout le capharnaüm qui encombrait le  grenier de sa mémoire. Souvenirs rangés soigneusement, comme de vieux films remisés ; attendant d’être repris, dépoussiérés, mis en perspective par un regard plus actuel, et enfin replacés  dans leur contexte exact ; leur permettant ainsi d’être  évalués à leur juste valeur, à la lumière de tous les évènements infimes qui les avaient précédés et de ceux qui les avaient suivis. 

                                                                                                                                                                     Certains ne survivaient pas à cette analyse impitoyable : se révélant dérisoires ; d’autres s’éclairaient d’un jour nouveau qu’elle n’aurait pu imaginer à l’instant où elle les avait classés.

Il ne faudrait point croire que seuls ses souvenirs étaient ainsi mémorisés. Il y avait aussi ceux des autres, ou du moins ceux qu’ils avaient bien voulu lui confier. Un jour, au détour d’une conversation, ils lui diraient que tel point les préoccupait encore. L’espace entre l’instant où ils s’étaient épanchés pouvait être de dix, vingt, trente années, ou même bien d’avantage. En reprenant la conversation là où elle s’était arrêtée, elle leur remettrait donc intacte leur confidence, au moment qu’elle lui avait été remise, ainsi que toutes les réminiscences annotées par elle avant ou après, ainsi que tous les protagonistes ayant pu influer de près ou de loin sur l’évènement en question ; qui se voyait ainsi toiletté et évalué à sa juste valeur. Cependant, elle avait pour éthique de ne jamais raviver un souvenir douloureux, si elle n’avait point trouvé la clé permettant de le dénouer.  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Il ne faut point s’étonner que devant l’ampleur de la tâche, elle renâclait souvent à se faire de nouveaux amis, et même à nouer de simples connaissances, car elle les imaginait, tous tant qu’ils étaient, comme une immense file d’attente pouvant occasionner des dégâts irréversibles à son disque dur cérébral. Bien que…bien que… elle s’était un jour aperçue avec stupeur qu’il effaçait progressivement les données inutiles ; du moins celles qu’il jugeait non indispensable. Ainsi un jour, un examen de planification distillé pompeusement par un professeur de Dauphine, qu’elle avait passé pourtant plus d’un mois à mémoriser, avait simplement été supprimé de sa mémoire. Mais ce qui rendit la chose flagrante c’est que le forfait avait été accompli quelques minutes avant le début de l’épreuve. Elle rendit donc feuille blanche et se précipita ensuite sur l’ouvrage en question et eut l’impression qu’elle l’ouvrait pour la première fois. Il lui avait bien semblé que dans le passé, une fois l’épreuve terminée, elle avait l’habitude de tourner la page sur ce qu’elle jugeait inintéressant, mais là, elle avait été tout simplement bluffée.  

                                                                                                                                                                      Heureusement, avec les années, elle reconnaissait rarement ses plus anciennes connaissances ou du moins les retrouvait uniquement à travers leurs enfants. Mais l’apparence physique lui était devenue inutile, car seuls les instants de vie gardaient leur importance. Ainsi, une petite-cousine issue-de- germain avait pu ainsi bénéficier de la vie complète de l’un de ses ancêtres, à cause d’une simple phrase lâchée un jour par hasard par sa propre grand-mère, et qu’elle avait corroborée par de nombreuses enquêtes compilées et enrichies, au fil des ans, par de multiples protagonistes.                                                                                                                                          Elle était, il faut le confesser, une espèce de griot moderne pour elle, et de manière effrayante, pour ….tous les autres.

 

 

 

(...) 

 

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:45

bougie allumée

 

 

 

 

Les derniers jours passés chez son fils aîné et  sa bru avaient été aussi pesants qu’une chape de plomb. Aucun mot autre que ceux qui avaient été dits ne furent échangés entre sa belle fille et elle. Mais elle ne manqua pas de faire connaître, en aparté,  à son fils, la teneur de leur altercation ; se disant profondément choquée des propos de sa femme qu’elle avait accueillie à bras ouverts dans la famille. La défendant même contre la malveillance de la femme de son propre frère. Elle n’avait jamais pu imaginer qu’elle eut une telle mentalité. Oser accuser l’une de ses belles filles de marginale, uniquement parce qu’elle portait des vêtements new-âge et fumait de temps à autre un petit joint. Ce n’est pas comme si elle aurait fumé de la marijuana ou du haschich, après tout. Juste un petit joint, à l’occasion. En plus, si cela la détendait entre deux opérations. C’était, par ailleurs, une femme brillante que tout le monde appréciait. De plus son fils n’y était pour rien si elle l’avait quitté. Ce n’était simplement que la tension de son métier qui  avait fait privilégier à cette bru les aventures multiples. Cela n’avait pas empêché qu’elle soit toujours d’une parfaite courtoisie avec elle.  C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’elle, et elle seule, parmi toutes ses belle-filles à avoir le droit de l’appeler par son prénom. Chaque jour de l’an, même si elle ne faisait plus partie de la famille, cela ne l’empêchait aucunement de lui faire ses vœux. L’on voyait bien qu’elle était issue de la haute bourgeoisie toulousaine. Cela n’avait rien à voir avec cette….cette…Aaaaaah ! Argh !                                                                                                                                                                                     Elle verrait ce qu’elle lui réservait, elle verrait…et ne serait pas déçue du voyage. Elle le lui promettait !

 

 

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 13:00

bougie allumée

 

Il faut reconnaître que depuis quelques temps, elle était sous tension à cause de préoccupations d’ordre professionnel. Ainsi, le jour précédent, elle avait travaillé bien au-delà de minuit, et prévoyait d’avoir encore quelques soirées très laborieuses jusqu’à la fin du mois, et même bien après.

 

 

 Ce poste, payé bien en deçà de ce qu’elle aurait pu prétendre, avait l’avantage d’être à un quart d’heure à peine de son domicile, mais il lui avait réservé bien des surprises. Au départ, son contrat prévoyait le simple rapatriement des comptes d’une Société anglo-saxonne ; tenus jusque là par un Expert-comptable d’Outre-manche. Mais au fur et à mesure de l’aboutissement de sa mission, elle s’aperçut que la charge de travail avait été précédemment repartie entre pas moins de trois personnes travaillant à temps complet. En outre, les pièces justificatives des opérations lui étaient fournies au compte goutte et de manière partielle. Ajouté à cela, elle se vit confrontée à des tâches encore plus ardues et non stipulées au départ, consistant en l’informatisation du service et au reporting financier mensuel le huit de chaque mois. Comme dans une machine infernale, elle se trouvait peu à peu aspirée par une multitude de  corvées ; allant de la plus simple à la plus complexe. En outre, pour compliquer le tout, ses deux prédécesseurs, pressentis au départ pour le même travail : un Anglais de six ans son aîné et une Suédoise de cinq ans sa cadette, ayant échoué à l’accomplir, s’étaient reclassés respectivement dans l’entreprise ; l’un comme Directeur financier, l’autre comme Contrôleur de Gestion. Et tous deux espéraient bien, sa mission menée à bien, tirer entièrement la couverture à eux. Elle avait bien pensé en référer à la Direction Générale. Mais elle s’était trouvée confrontée à un homme qui bien qu’excellent commercial et fin gestionnaire était quasiment inculte. Il était d’ailleurs géré de main de maître par sa secrétaire et le Directeur financier.            

 

                                                                                                                                                              Cette situation kafkaïenne sembla pourtant trouver une issue favorable, quand l’un des créateurs de la holding, un Américain fort sympathique, vint visiter le siège parisien. Malheureusement elle ne put s’entretenir avec lui que cinq minutes à cause de multiples interruptions. Cependant, la situation n’était pas insolvable, car elle s’était auparavant trouvée face à des défis encore plus insurmontables.

 

 

Mais, il était évident que ses périodes de repos étaient des instants privilégiés où elle supportait mal toute contrariété supplémentaire. Aussi quand elle élabora son plan, ce n’était nullement dans un but machiavélique, mais par simple réaction d’auto-défense.

 

 

(…)

 

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 20:46

bougie allumée

 

 

 

Elle se remémore la confrontation, qu’elle passe et repasse en boucle. Comment avait-t­-elle pu aller si loin ? Emma n’avait jamais imaginé auparavant contenir autant de haine, et surtout libérer un tel flot de violence. De toute évidence, elle avait surestimé sa patience et son endurance.

 

 

C’était pourtant une belle journée d’été. Elle était rentrée chez elle, en fin d’après-midi, avec quelques emplettes, après s'être attardée en chemin avec des amies de rencontre.  Comme elle s’apprêtait à sortir ses clés, elle fut surprise de voir la porte d’entrée déjà ouverte. Apparemment, l'une de ses voisines était venue la voir à l’improviste, et sa belle-mère l'avait priée de patienter quelques instants. Mais constatant qu’elle tardait à revenir, la visiteuse s’apprêtait à repartir.

Emma se débarrassa prestement de ses sacs afin de la recevoir, et se dépêcha de la rejoindre au salon.  Mais rien ne se passa comme prévu, la mère de son époux, sans qu’elle l’en priât, s’assis entre elles et monopolisa la conversation ; parlant de ses deux autres fils qui avaient eux brillamment réussi ; l’un comme chirurgien réputé dans la Capitale, l’autre comme grand bâtonnier au tribunal de Versailles. Puis elle décrivit ses brus toutes deux également brillants chirurgiens ; femmes intelligentes, de très grandes familles et ensuite elle parla de ses petits enfants : si adroits de leurs mains qu’ils pouvaient inventer et fabriquer, sans effort aucun, de magnifiques maquettes ; ce qui les destinait à de brillantes carrières dans l'aéronautique ou les Ponts et Chaussée.

 

 

Pensant que cette dernière avait maintenant épuisé les sujets de conversation qu’elle avait l’habitude de servir à toute nouvelle connaissance, Emma allait enfin reprendre le fil de la conversation, quand elle fut à nouveau interrompue, par sa belle-mère, qui se gaussant franchement et ouvertement du sujet qu’elle amorçait, l’accusa tout simplement "d’avoir de l’ima…gi…na…tion."

Soudain, en mots clair, concis, mais peut-être pas suffisamment pesés, Emma démolit en quelques secondes toute la respectabilité sociale que cette dernière s’était donné tant de mal à démontrer. Sa voisine choquée et stupéfaite, s’excusa et ne tarda pas à s’en aller.

 

 

La boîte de Pandore après avoir longuement résisté, était maintenant béante. Mais celle qui avait déclenché son ouverture commit l’erreur de ne pas s’en apercevoir ; du moins, quand elle le fit, il était bien trop tard.  

 

 

Pourtant cette confrontation, quand elle y réfléchissait maintenant, fut comme programmée, inéluctable en quelque sorte; tout comme un arc qui se détend peu à peu jusqu’à la libération du trait qui tue.

 

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 18:42

 

bougie allumée

  

Emma rêvasse et s’imagine une nouvelle vie. Et si elle s’était encore trompée ? Mais comment le saurait-elle, si elle n’avait pas essayé, si elle n’était pas allée jusqu’au bout de ses désirs, de ses envies, jusqu’à la fin de ses rêves.

 

 Dans son appartement, ou du moins dans la minuscule chambre de bonne qu’elle échange contre de menus services,  elle n’est pas encore tout à fait réveillée, et somnole encore. La lumière blafarde de l’aube qui s’infiltre peu à peu à travers l’œil de bœuf l’incite à ouvrir les yeux. Emma s’étire, soulève les jambes, fait un léger exercice de flexion ; comme l’ouvrier qui vérifierait ses outils avant une journée de travail. Non pas qu’elle gagne sa vie avec ses jambes ; bien qu’elles lui soient fort utile. Mais ce passage en revue lui permet généralement d’entrer dans la réalité du jour.  Bien qu’elle craigne que son rêve ne s’estompe peu à peu à la lueur crue du quotidien, qu’il ne se mue en cauchemar ou tout simplement en non-rêve. Alors il lui faudrait rebondir, s’inventer un nouvel avenir, poursuivre peut-être des chimères. Car se projeter vers le futur sert à rythmer sa vie, à lui donner l’élan nécessaire pour avancer chaque jour. 

 

Il est vrai que depuis quelque temps elle se couche de plus en plus tard. Ses journées sont devenues élastiques. Non  pas qu’elles ne soient parfaitement ou complètement remplies. Mais vers le soir, elle a un sentiment d’urgence, et pense à tout ce qu’elle aurait pu ou du faire, à tout ce qu’elle a manqué de faire. Ainsi, chaque jour, elle s’accomplit vraiment aux heures où elle devrait dormir. Car la nuit l’inspire.  Ses périodes de non-bruit où rien ne la trouble. Les plages de silence où elle peut capturer ses intuitions, les graver, les corroborer, les vérifier.

 

Quand ayant rempli ses nuits, elle se couche enfin, elle récapitule ses journées, inventorie ses possibilités, les projets à mettre en route, les sujets à aborder, les faits marquants de l’actualité, les crises oubliées. Quand épuisée, elle lâche prise et sombre enfin dans les bras de Morphée, ses rêves troublent ses nuits. Elle se réveille alors harassée, et ne commence à se reposer vraiment que lorsque débutent ses activités diurnes.

Il faut le reconnaître, Emma est épuisée de ses nuits et reposée de ses jours. Mais elle a enfin le sentiment de maîtriser le temps.

 

En effet, des années auparavant, c’était pourtant hier, une vie qu’elle s’étonne encore d’avoir vécue, mais qui reste encore gravée dans son esprit.

 

(...)

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