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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 16:37

  Hôtel de ville de Trois-Rivières

                                                              Hôtel de ville de Trois-Rivières

Fontaine derrière l'hôtel de ville de Trois-Rivières

                                        Fontaine derrière l'hôtel de ville de Trois-Rivières

                             http://www.atout-guadeloupe.com/Trois-rivieres-Guadeloupe_a90.html

 

 

(...)

 

Ce soir, certains  d’entre nous iront  au bal de la Mairie.

 

          Avec les vacances scolaires, nous sommes maintenant en pleine époque des  surprises parties. Les garçons y apportent des boissons et les filles de la pâtisserie.

Nous dansons toute la nuit de neuf heures du soir à quatre heures, voire cinq ou six heures du matin, et cela parfois trois fois par semaine. Il y en a souvent plusieurs simultanément.

Les immenses salons salle à manger sont l’idéal, mais une dépendance, un grand balcon de pierre, une terrasse et même un garage peuvent faire l’affaire. Les invitations sont bien sur de rigueur. Nous allons de soirée en soirée afin de trouver celle où il y a le plus d’ambiance.

 

           Ayant payé, nous sommes une trentaine pour le bal de la mairie de notre commune, après trois danses nous nous concertons, l’ambiance n’y est pas. Nous partons en «  Boîte » quinze kilomètres plus loin, payons de nouveau, y retrouvons des amis de Lycée. L’ambiance y est. Enfin !

 

           Le reste des vacances, nous allons voir des amis d’amis qui s’essaient, dans les salles de spectacle en tant que chanteurs de variété. Nous soutenons ces artistes débutants, très doués, mais, impressionnables, en faisant la claque.  Nous passons également  nos journées aux Chutes du Carbet, ou, nous nous baignons à  Grand Anse, avec des chambres à air réchappées. Ces jours-là nous emportons  un pique nique. Ou encore  nous nous dirigeons vers Bananier et nous nous arrêtons à Coulisses, où nous nous laissons glisser du haut de la rigole ; assis sur des sacs en jute, afin de ne pas nous écorcher aux rochers.

 Les « golbots » et les « bolocots » ont intérêt à passer au large ; du moins ceux qui ne répondent pas aux codes de notre bande d’amis.

 

            Nous   formons, en général, un groupe  de plus d’une soixantaine de jeunes  qui se connaissent depuis l’enfance. Ajoutés à cela, ceux qui reviennent aux vacances de Métropole où ils font leurs études.

Les couples du futur commencent à se constituer, pour les plus âgés ; Bacheliers ou devant partir.  A la fin des grandes vacances, certains s’en iront mariés, et enverront ensuite les enfants aux parents, pour qu’ils s’en occupent jusqu’à la fin de leurs études. Ce qui causera parfois des frictions, car, quand ils reviendront définitivement, ces derniers auront fini par envisager leurs petits enfants comme  leurs propres enfants, et, auront du mal à s’en séparer.

 

 (...)

 

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 23:46

carte-guadeloupe

 

Nous sommes aujourd’hui le  15 août,  fête  de la vierge et de la Commune des Trois-Rivières. Depuis plusieurs jours les musiciens rodent leurs instruments, et l’effet larsen s’est déjà plusieurs fois fait entendre jusqu'à chez nous. Mais  le vrai spectacle, lui, se tiendra sur une estrade dressée derrière la Mairie dans quelques instants.  

Un Monsieur Loyal improvisé, dans le but avoué d’attirer de nombreux spectateurs, annonce à tue-tête le programme de la journée,  tout en nommant les différents participants. 

 Grande rue de trois-rivières maison d'habitation de 1965

                            Maison beige à toit rouge dans le bourg de 3/Rivières où nous habitions de 1965-1971

                                       http://www.domnik.net/photos/tp/07gp/isot/08/05.jpg

 

 

Comme nous habitons dans le centre, nous sommes aux premières loges. Mais cela n’a pas que des avantages. Car les décibels atteignent ce jour-là un pic inusité. Aussi je me suis mise à l’écart dans ma chambre, et lis un ouvrage commencé la veille.

 

 Un bruit de pas claque dans l’escalier. Ma mère m’appelle. Ce sont des amis qui sont venus me chercher.  

 Port de Trois-Rivières                                                       Port de Trois-Rivières© Thierry Demange

                                                                               

 

Tous ensemble, nous avons prévu de nous rendre tout d'abord  à la fête du Bord de mer.

J’aurai voulu passer la fête aux Saintes cette-année. La réjouissances terminées, mes ami(e)s et moi -même aurions dormi sur la plage. Mais ma mère n’a pas voulu. Des collègues lui auraient dit que « toute jeune fille  qui dort aux Saintes le jour du 15 août s’en retourne enceinte. » Aussi je me contente de regarder les vacanciers qui débarquent et d’autres qui s’en vont vers Terre-de-Haut et Terre-de-Bas.

Vers seize heures, nous remontons vers le Bourg et nous nous dirigeons vers la Mairie.               

 

La démonstration musicale est d’un bon cru cette année, et c’est fort dommage qu’aucun producteur ne soit de passage dans la Commune. Je ne savais pas que Charles-Henri jouait si bien de l’accordéon, ni même qu’il en jouait d’ailleurs. Et maintenant le clou du spectacle : le concours de Miss. Tiens,  pour la seconde année consécutive, c’est une vendeuse du disquaire qui est élue. Il est vrai qu’elle s’est mise sur son trente-et-un et a fait de son mieux : la tenue de ville est impeccable, celle de soirée magnifique. Mais il n’y pas eu de défilé en maillot de bain pour ce concours. Cette Miss, comme la précédente, était dans ma classe en CM2. Elle se mariera dans l’année, c’est presque certain.

 

 (...)

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 00:29

Intérieur maison (7)

     

 

             A la fin des vacances, nous rentrâmes à Paris, où je devais repasser en septembre l’UV manquante et trouver un emploi.

 

             Dès octobre, je postulai pour un poste de Conseiller financier dans un Cabinet de courtage en assurance et en produits financiers, qui se trouvait dans la quartier de l'Etoile.

 

             Sur plus de cent cinquante postulants, soixante d’entre nous furent retenus, et quelques semaines après nous n’étions plus que vingt-quatre ; en tenant compte des promotions précédentes.   

 

             Dans la salle où nous travaillions et prenions nos rendez-vous, nous étions huit ; dont deux de Sciences-Po Dauphine. En effet, l’on nous avait fait miroiter au départ des salaires de 7.000 francs mensuels. Ces émoluments potentiels étaient forts alléchants ; si l’on sait que le SMIC de l’époque était d’environ 1.400 francs.

Nous obtenions cinq rendez-vous par jour, grâce à un actif marketing téléphonique  auprès de cadres supérieurs des grandes entreprises ou encore des Ministères. 

Nos heures de  présence au travail commençaient dès 8 heures du matin et se terminaient à 20 heures le soir, après une heure de formation. Rentrés chez nous, nous lisions les pages financières des journaux spécialisés, afin de nous tenir informés des cotations boursières, mais également  être en mesure d’anticiper l’impact des nouvelles lois sur les portefeuilles de nos clients. 

Mais malgré  un nombre important de rendez-vous et de nombreux contrats signés cet emploi se révéla vite très peu rémunérateur, car nous étions payés uniquement à la commission, et seulement deux mois après la signature de nos Contrats.  Une commission que nous partagions avec notre superviseur et notre employeur.  Et  nous n’avions aucun défraiement pour l’ensemble de nos déplacements.

 J’y restai dix semaines.

               Quinze jours après ma démission en tant que Conseiller financier, je passai des tests de Q.I chez un psychologue, qui aboutirent à une embauche  en tant que Consultant dans un Cabinet pour le recrutement des Cadres. 

Cette fois-ci la clientèle était composée de Directeurs du Personnel des grandes entreprises. 

Les contacts que je prenais étaient fructueux et fort intéressants. Souvent, les Directeurs qui s’ennuyaient dans leurs grands bureaux, me retenaient plus de deux heures pour des conversations à bâton rompu sur des sujets d’actualité. Mais les conditions financières n’étaient guère plus avantageuses que précédemment.

 

             Aucun de ces deux emplois, bien que très formateurs, ne correspondaient à mes attentes du moment, car  nous avions décidé d’acheter une maison, mais n’avions pas de budget pour le faire. 

 

             L’ANPE de Saint Germain en Laye avait bien consenti à  m’inscrire sur ses listes car,   parmi les unités de valeurs que j’avais acquises à l’Université, il y en avait une de comptabilité.

Pour prouver son sérieux, l’Agence pour l’emploi me fit même passer des tests. Sans aucun doute afin de vérifier que j’avais bien les connaissances inscrites sur mes diplômes.

Mais cela ne me permit en fin  de compte que d’avoir l’autorisation de consulter et de pouvoir postuler aux offres affichées dans toutes les Agences du Département.

Aussi ce ne fut que grâce à une des nombreuses agences d’intérim, que je démarchai également, que je trouvai finalement un premier emploi normalement rémunéré.

 Je réalisai  que l’intérim était, en fin de compte, la meilleure expérience que j’eusse pu avoir, car les postes proposés correspondaient  totalement à mes attentes. Les affectations   présentaient moins de contraintes.  Par exemple, je pouvais choisir librement mes entreprises, mon salaire, et surtout demander à écourter les missions quand celles-ci se révélaient décevantes.

 

          Nous étions alors à l’époque du plein emploi. Ainsi lorsque mon CDD se terminait un vendredi à dix-sept heures, j’avais encore le temps de démarcher quatre à cinq agences, qui se trouvaient souvent côte à côte,  afin d’être en poste dès le lundi matin. Ajouté à cela, les expériences acquises lors des différentes missions étaient multiples et variées. Il fallait par contre s’adapter très rapidement. Et je découvris, de façon surprenante, que ce n’étaient pas les Grands Groupes qui offraient les meilleurs salaires ou les meilleures conditions de travail. L’on y pouvait même, à cause du népotisme qui y existait souvent, effectuer des  tâches répétitives, sous les ordres de supérieurs hiérarchiques grincheux et incompétents, pendant des mois, voire des années entières. De nombreux collègues qui y occupaient un emploi fixe, depuis plusieurs années, pouvaient en témoigner.

 

            Après six mois de missions dans diverses Sociétés parisiennes, en m’auto-octroyant deux ans d’expérience, je décrochai enfin mon premier CDI.

 

(...) 

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 13:05

Les Orres Le village 04

 

 

 

          J’avais redoublé mon CP,  bien que sachant lire, car de santé fragile ; la sieste de l’après-midi m’étant indispensable.

J’appréciais beaucoup ces deux années,  qui se déroulèrent dans cette petite classe privée mixte, du style  « petite maison dans la prairie »,  avec des élèves d’âges différents, ainsi que l’institutrice, que j’appelais « Maîtresse ».  Mais comme j’assimilai mal le calcul, ma mère lui en imputa à tort la faute. Il fut donc décidé que j’irais, l’année suivante, à l’Ecole Communale de filles ; où je fus admise, après des tests de passage,  en CE1.

 

        Je venais d’avoir six ans. L’ambiance de cette Ecole était différente ; j’y appris à chuchoter, à ruser, à dissimuler, à parler couramment  le créole, à savoir mes leçons sur le bout des doigts, et à  écrire en pleins et en déliés avec une plume sergent major.

         Nous étions dans une classe de quarante cinq élèves. J’étais, maintenant seule responsable de  moi-même, et entrepris un troc de petit-déjeuner et de  goûters avec une gamine potelée, dont la mère vendait de la confiserie créole, composée de sucres à coco à tête rose et de doucelettes.  J’apportai avec moi, par précaution, une timbale en plastique à soufflets afin de ne point me tremper les pieds en me servant de l’eau aux robinets extérieurs.

 

(…)

 

          Une fois l’an, les institutrices du primaire organisaient la remise en état des bureaux des différentes classes.  J’y appris le nettoyage de mon petit pupitre avec de la craie dont je le barbouillais d’abord, puis le raclant ensuite avec du papier de verre, afin d’en faire disparaître toute tâche, puis le ponçant entièrement avec une autre feuille d’un grammage plus fin.

Quand tout était terminé, l'on mettait un petit napperon en papier buvard ou en papier kraft autour de l’encrier en porcelaine blanche, puis on le remplissait  d’encre violette. Le bureau était ainsi protégé  pendant un certain temps. 

 

(...)

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 17:45

 

Livres.jpg

 

 

(…)

 

A Montpellier notre Lycée était vétuste et la plupart des professeurs surannés. 

Je me souviens encore de notre professeur d’Anglais ânonnant avec un fort accent Français « Lillies of the valley ». 

En histoire, au programme, il y avait la guerre des deux roses avec les Plantagenêt, prononcé  avec l’accent du midi.

La salle de Sciences Naturelles ressemblait à un Cabinet de Curiosités. Le professeur avait, en guise de bureau, une grande table d’expérimentation. Ce qui me surprit fort, car au Bloc Scientifique du Lycée Gerville-Réache nous disposions de plus d’une dizaine de salles.

Je la  classai parmi les professeurs dits-normaux,  jusqu’au jour, où, n’ayant pas fourni d’effort particulier, mon 8  habituel se transforma en 16,50 ; j’avais tout simplement oublié de porter mon nom sur ma copie de contrôle.

Les cours de Mathématiques étaient chaotiques. Le professeur, souvent en retard, était toujours très énervé. Elle semblait nous reprocher de ne pas savoir compenser son manque de pédagogie.

En Français ma meilleure note était de 10/20. Ma mère agacée, et  qui avait tout de même passé le concours de propédeutique me dicta  ma rédaction mot à mot. Elle eut 3,5/20 : « Style vieillot et suranné ». Elle  en conclut, car en tant qu’enseignante, car  elle ne critiquait jamais les collègues, que « le niveau était vraiment, très, très élevé » et  me laissa dorénavant  finir en toute quiétude mes bandes dessinées. Un jour je l’entendis dire à ma grand-mère :« Vu les circonstances, elle fait vraiment de son mieux ».

En Latin, c’était encore différent, le professeur, quand elle interrogeait, comme personne ne levait la main, décidait de me faire subir un interrogatoire serré, sans que je ne lui aie rien demandé.

Cependant, il me fut dit, que l’année précédente, une élève, d’une île voisine  de la mienne, avait raflé la première place. Elle était venue, en congé administratif, comme moi avec père, mère, frère et sœur.

Je m’imaginais, fort bien, le pauvre père, serinant toutes les leçons à ses rejetons, jusqu’à dix heures du soir passées et refaisant tous les cours, pour ne pas perdre une année. Bof ! Ma mère avait suffisamment à faire, et elle ne méritait pas cela.

 

 (…)

 

Je fus invitée au redoublement avec 9,34/20 de moyenne générale annuelle.

 Le Professeur principal me prit à part :

_ Vous repartez  à la fin de l’année ? Alors, pour vous rendre service, on pourrait  voir si… 

Ma réponse fut instinctive :

_   Oh ne vous en faites pas ! Je n’ai pas assez travaillé, mais je ferai mieux l’année prochaine.

Elle me regarda interloquée.

Quand je le narrai à ma mère, elle fût furieuse :

_   Tu aurais du m’en parler avant de lui répondre ainsi.

Ma grand- mère conclut :

_   Le péché d’orgueil te perdra un jour… je vais prier pour toi. 

 

Mais il était écrit que cette année- là ne serait éclairée par aucune réussite scolaire, encore moins par un accomplissement spirituel.

 

 (…)

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 20:26

Table d'enfance 001

 

 

(...)

 

            Quand nous arrivions dans cette Vallée de Beaugendre, aussitôt les bagages déposés, nos grands-parents et nos cousins d’en face embrassés, nous nous précipitions vers le morne. Selon les plans cadastraux il y a un peu plus de deux hectares de terrain rattachés à la maison. Mais, pour nous, cette langue de terre,  qui va tout au haut du morne, est une jungle où nous aimons nous perdre. Elle  n’a jamais été cultivée, mais a été utilisée pour l’élevage des cabris, du temps où mon grand-père était encore exploitant agricole.

 

               Les fruits que nous y cueillons ont déjà été un peu entamés par tous les oiseaux qui y ont trouvé refuge depuis que les cyclones successifs ont détruit leur habitat dans les bois. Mais nous,  nous n’hésitons pas à les déguster après eux, car cela signifie qu’ils sont juteux et murs à point.

Nous retrouvons notre cabane de l’année dernière,  bien qu’un peu abimée. Les enfants du voisinage que nous reverrons demain, nous aiderons vite à la reconstruire.  Ensuite, en fin de matinée, nous irons tous nous baigner à la rivière. Mais devrons nous méfier des écrevisses aux pinces coupantes qui se cachent sous les grosses pierres. Si nous sommes chanceux, nous reviendrons avec des vigneaux que nous auront décrochés sur les cailloux immergés, ainsi que des mangues parfaitement mures qui pendent des branches des arbres qui longent la rivière.   

 

            Ce soir, dès dix-huit heures, la nuit nous ramènera à la maison, et munis d’une lampe torche, car il n’y a pas encore d’électricité dans notre lieu-dit, nous irons voir le neveu de bonne-maman, Charlemagne et sa femme Marianne. Nous reviendrons chez nous vers dix-neuf heures. Les lampes à pétrole seront alors allumées dans chaque pièce, et nous dinerons d’une soupe chaude, accompagnée d’un plat froid, que maman aura fait préparer le matin avant notre départ. Pour le dessert, chacun d’entre nous recevra une tranche de marmelade de goyave.

 

          Le lendemain matin, je descends du galetas les petits meubles d’enfant de ma mère. Ils étaient tous rangés dans un sac en lin depuis les dernières vacances. Il y une table, deux chaises, un dressoir, et un petit lit. Je les essuie avec un chiffon et y assoie ma poupée. Je ferai le contraire à la fin des vacances afin de pouvoir les retrouver intacts d’une année sur l’autre.

 

             J’espérais les transmettre par la suite à ma fille. Mais la maison a été entre temps prêtée et quand je suis revenue, il ne restait plus que la table. Par contre, j’ai retrouvé des boîtes d’un nécessaire de toilette pour bébé en bakélite rose bonbon que ma mère utilisait quand nous étions petits. Il y en a trois. J’en ai pris une et ai laissé les deux autres pour mes frères quand ils auront eux aussi des bébés.

 

             Pendant toutes ces vacances qui dureront de la mi-juillet jusqu’à fin septembre, nous nous promènerons le long des chemins et des sentes de Beaugendre. Au hasard de nos promenades, nous découvrirons des voisins de notre lignée, tels les enfants du premier mariage d’un cousin de notre mère ; augmentant ainsi notre groupe pour les jeux dans le morne.

 

 (...)

 

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 21:32

bougie allumée

(…)

 

Les pompes funèbres sont arrivées et ont placé mon grand- père dans un cercueil de zinc, ensuite de bois et l’ont emporté. La voiture a descendu l’allée, le portail  a été ouvert, et on a retenu le chien. Les gerbes, les couronnes et les croix ont été distribuées aux enfants du Collège qui précédaient le corbillard en file indienne. Le Directeur faisait la circulation. Le reste des gens suivait à pied : l’église était à environ cinq cent mètres.

Il me fut dit que tout le monde ne put s’y asseoir. Ma mère avait loué plusieurs cars, car l’inhumation se faisait au cimetière des Vieux-Habitants, et des amis et des parents, qui en venaient, devaient y retourner. Le nombre du être doublé car des gens de Trois-Rivières voulurent s’y rendre  également. Arrivés à destination, il y avait autant de personnes, attendant, qu’aux Trois-Rivières. Les parents de mon grand-père, ayant été exploitants agricoles, et ayant eu toutes leurs racines familiales dans la commune ; les parents, les alliés, les amis, les voisins et connaissances, ainsi que les anciens employés ; tous étaient là. Il fallut aller quérir le prêtre,  et mon grand-père eut sa deuxième grande messe d’enterrement. On ouvrit le caveau de notre lignée. Le fossoyeur dit alors :

_  Il ne reste plus que trois places.

 

           Pendant ce temps là, j’étais à la maison avec Bonne-maman. Elle me raconta que les enterrements de maintenant faisaient pâle  figure. Dans le temps, quand il n’y avait pas encore d’Avis d’Obsèques diffusés à la radi, dès le décès connu, quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, on faisait  sonner une conque de lambis[1]. Tous les voisins affluaient. Monsieur ou Madame Untel est mort(e) à telle heure, son enterrement aura lieu en tel endroit à telle heure et, de sonneries de conques en sonneries de conques, en l’espace de quelques heures toute l’île était au courant, et tout le monde affluait, avec des poules, des gâteaux, et  du café pour la veillée. Car  personne ne pouvait se faire excuser pour un enterrement ; c’était  l’endroit où l’on revoyait ou découvrait  toute sa parentèle. La femme du mari infidèle voyait une servante, qu’elle pensait partie travailler à Saint-Martin, avec toute une marmaille ressemblant comme deux gouttes d’eau au défunt. Les présentations étant ainsi faites, par la force des choses ; cette dernière, pouvait par la suite les présenter pour un poste de domestique pour les moins doués, « une aide financière, pour que le petit parte faire ses études en Métropole », pour les plus intelligents.

 

           Le jour  suivant l’enterrement, les veillées de prières commencèrent et durèrent  neuf jours. Des dames pieuses vinrent avec leurs missels. Elles n’avaient rien à envier aux pleureuses de l’antiquité. Leurs prières se terminaient invariablement par la liste de tous les saints, qui étaient nombreux. Après le énième « Priez pour lui » pour nous les enfants, cela avait perdu tout sens, et nous ne pouvions nous retenir de pouffer. On nous sortait alors rapidement, afin de ne pas rompre le rythme de la prière.

 

           De temps à autre, après son départ, nous sentions, en montant les escaliers, ou en nous promenant sur le balcon, ou dans une quelconque pièce de la maison, l’odeur de la lotion de Bon Papa. Ma mère disait alors :

_    Son âme n’est pas encore fixée, il vient nous visiter.

 

           En ce début d’hivernage, les petits papillons jaunes de fin de carême, traversaient la maison et nous essayions de les saisir. Une personne cognitive annonça à ma mère que l’âme chrysalide s’étant libérée de son enveloppe charnelle, s’en allait maintenant libre comme un papillon ; traversant cette maison, qui  n’avait été qu’une étape dans son cheminement spirituel, et qu’il nous le faisait ainsi savoir.

 

(…)

 


 
[1]   Gros coquillage, de trente centimètres de long
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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 18:20

Waterfall

 

                     Ma grand-mère maternelle, cassante de caractère, avec le visage de Miss Marple, et la coiffure aussi. Elle n’avait pas eu son Brevet d’étude, mais, son écriture était calligraphique et elle ne faisait aucune faute d’orthographe. Elle était très peu ménagère, mais commandait à merveille. La couleur de ses yeux variait selon ses toilettes du bleu, au vert ou  au gris. C’était une grande femme, mince et sèche, qui pouvait en deux mots vous tracer votre curriculum vitae, puis vous dicter la suite à y donner, dans votre intérêt. J’ai vu des gens verdir de rage, mais se maîtriser, et en fin de compte la remercier. Très pieuse, elle ne manquait jamais une messe ou une prière, et  s’habillait, de longues robes en indienne  pour la maison et en percale ou alpaga gris pour la messe. Elle portait toujours des chapeaux de circonstance, des bas gris, et ne sortait jamais sans un de ses parapluies de la couleur de ses tenues. Je ne lui ai connu aucun bijou, sauf des lunettes cerclées d’or.

 

Dès le début de son mariage, elle avait fait chambre à part ; estimant que c’étaient les gens du commun qui partageaient toute leur vie  le même lit et la même chambre.

 

 Comme de tradition dans ma famille, étant l’aînée,  elle devint ma marraine. Ce jour là, elle me dit avoir prié Dieu de m’enlever de suite, si je ne devais rien faire de bon ou «  mal tourner » (...)                 

 Elle nous demanda de l’appeler « Bonne-maman » et notre  grand-père « Bon- papa ». 

 

              Son père avait épousé en seconde noce, sa mère, sœur cadette et belle sœur de sa sœur décédée.                       

 

                Elle nous narra que sa mère était une femme de tête. En effet, le jour même de la mort de son mari, elle vendit une petite terre, qui lui fut payée au comptant -Il faut savoir qu’à cette époque-là, les gens gardaient leur argent chez eux et avaient fort peu confiance aux banques qui faisaient souvent faillite- Elle put ainsi régler deux ans de loyers d’avance sur toutes les terres louées.

Ce qui fit que, quand, lors de l’enterrement, de son mari, vingt quatre heures   plus tard, son propre frère aborda le propriétaire des terres qu’elle avait en location, et lui proposa :

_Maintenant que mon beau frère n’est plus, ma sœur ne pourra plus tenir ses engagements comme par le passé. Mais comme je suis de la même famille, et afin de ne point vous laisser dans l’embarras, je peux vous reprendre les propriétés que vous lui aviez confiées en location.

Le loueur put alors lui répondre :       

_Il est trop tard, votre sœur vient de me renouveler un bail de deux ans de plus que ce qui avait déjà été signé, et tout m’a été réglé au  comptant.

 

           En conséquence de quoi, pour leurs mariages, la mère  de ma grand-mère maternelle put doter, correctement, tous ses enfants, les filles et les garçons (...)

 

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 00:08

 bougie allumée

 

                

           Je me souviens encore de ce jour-là, avant qu’ils n’emportent Bon-papa. Je suis à califourchon sur une chaise et porte une robe demi-deuil, car je suis encore considérée comme une enfant. Adolescente, j’aurais pu porter du noir, plus jeune j’aurais eu une robe blanche. Mais dans  un an je pourrai mettre du blanc, puis du gris ou du violet, ensuite du bleu et je sortirai de la période de deuil avec du vert et du jaune. Il me faudra attendre au moins deux ans avant de pouvoir me permettre de l’orange, du rose ; ensuite dans trois ans, du rouge, ma mère cinq ans, ma grand-mère jamais, car maintenant elle est veuve. Après le noir, elle portera toujours les couleurs froides du deuil.  Elle a d’ailleurs commandé des cartons de remerciements à envoyer à tous les parents et alliés :

« Mme Vve Euloge XXX, vous remercie pour l’avoir assistée en ces moments douloureux et vous recommande son époux dans vos prières. »

Toutes ces conventions vestimentaires signifiant le deuil qui se porte selon l’âge et le degré de parenté me surprennent, car le deuil que je  porte est tout au fond de mon cœur.

 

               Je suis donc assise, la tête entre mes bras repliés, et pense à Bon-papa. Je me remémore  l’époque où nous habitions encore dans la maison du Carbet  (…)

Il m’amenait en promenade tous les après-midi aux environs de seize heures, après le bain que je prenais alors dans une grande bassine en zinc, que l’on mettait à réchauffer au soleil dès le matin. Il flottait en surface de la glycérine aux feuilles grasses et aux membrures rouges, qui moussaient lorsque je les écrasais sur ma peau.

Pendant ce temps-là, Bon-papa m’attendait patiemment, assis sur une chaise, sur la galerie, dans son costume blanc, sa canne à la main et son panama à larges bords sur la tête.

Dès que j’étais prête, nous partions main dans la main vers l’étang du Carbet. Nous nous asseyons sur un petit muret et regardions les libellules qui virevoltaient  sur de gros nénuphars.

Sur le chemin du retour, je ramassais des  mombins ainsi qu’une poignée d’Ylangs -Ylangs.

 

 (…)

 

Aujourd’hui je pleure en repensant à tous ces instants enfuis. Soudain sur mon bras une main ; c’est la sœur de Bon-papa, ma grand-tante Eudose. Je la regarde surprise ; elle a un bras en moins et une coupe au carré.

(…) aujourd’hui  je ne veux  point partager ma souffrance, j’essuie donc mes larmes,  lui souris et m’en vais.

Bien des années après, je regrette cet instant. (…) J’aurais pu converser avec elle, et l’interroger sur leur enfance ensemble. Et pourquoi maintenant n’avait-elle plus qu’un bras, cette belle jeune fille que j’avais tant admirée sur les photos de famille.

Elle était venue vers moi, car de toute la maisonnée j’étais la seule à pleurer. C’est simplement  parce qu’au cours de ces deux années nous avions épuisé toutes nos larmes. Bon-papa dans les derniers temps souffrait tant de son urémie que la mort fut pour lui comme une délivrance. Alors nous nous sommes réjouis pour lui et avec lui quand elle arriva enfin.

 

(...)

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 13:22

doucelettes

 

 

 

J’ai eu envie d’une doucelette aujourd’hui. Je l’ai goûtée, et ai dégusté chaque lamelle, chaque miette de cette généreuse friandise au lait de coco, dont les tablettes sont patiemment étalées sur une plaque de marbre, avant d’être découpée en losanges uniformes par les pâtissières locales.  Mais elle m’a coûté  5 centimes de francs. Il ne me reste donc maintenant plus que la moitié de mon argent de poche de la semaine ; pas suffisamment en tout cas pour acheter mon gâteau dominical préféré qui, lui, coûte 10 centimes.

 

Une camarade de classe me voit en plein désarroi sur le parvis de l’église. Elle me prend avec un sourire complice les 5 centimes de la main et me rejoint quelques instants plus tard avec une demi-part de gâteau.

 

Je la regarde éperdue d’admiration.

«  Comment as-tu fait ? » ai-je balbutié.

J’ai simplement dit à la marchande en la regardant droit dans les yeux :

«  C’est tout ce que je possède ! »  a répondu ma négociatrice hors pair, « ma sauveuse » du gâteau du dimanche.

 

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