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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 17:32

Carte des départements domiens

 

 

(...) Nous étions alors en 1955, et si l’enfant se souvient encore si bien de cette période c’est qu’elle fut marquée par divers évènements, parmi tant d'autres. Ce dimanche-là, à la fin de la messe, le curé informa les fidèles, que les Américains avaient envoyé à la Paroisse du lait en poudre et d’autres denrées non périssables ; comme ce fut d’ailleurs  le cas pendant toute la seconde guerre mondiale. Ceux qui le désireraient pourraient se les procurer après la messe, au presbytère.

 

             Comme chaque Dimanche, elle recevait dix centimes d’argent de poche qu’elle utilisait habituellement  pour s’acheter un gâteau chez l’une des nombreuses marchandes de confiseries locales ; dont les trays,  alignés de part et d’autre du parvis de l’église, faisaient comme une haie d’honneur aux paroissiens endimanchés.

 

             Ce jour-là, son achat terminé, elle chercha sa mère des yeux, et la vit sur le perron de l’église en conversation animée avec deux autres collègues. Elle tenait à la main, Clartés et La Vie Catholique ; journaux qu’elle  avait coutume d’acheter, le dimanche, aux religieuses du  Couvent du Bord-de-mer.

Mais aujourd’hui, elle semblait agitée, furieuse même, et elle en sut  bientôt la raison :

«   Si nous en doutions encore, nous faisons bel et bien partie des pays sous-développés et que quoi que nous fassions sur la carte du monde, notre identité était bien et bel déjà dessinée. La départementalisation n’était que de la poudre de perlimpinpin pour aveugler les sots ».

La servante, elle, était terrifiée et bouleversée, mais pour une tout autre raison : elle pleurait, en balbutiant en Créole, que :

 «  Nous n’avions pas d’armée à la Guadeloupe, au cas où les Américains se décideraient à nous attaquer ».

Mais, surtout,  ce qui la désolait le plus, c’était qu’elle était maintenant bien trop âgée pour se mettre à  l’Anglais

 

Il était évident que cette attention de leur puissant voisin n’obtint pas l’écho attendu ;  du moins en ce qui les concernait.   

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 22:36

botte de poireaux    asperges vertes

      

http://lorraine.lepanierpaysan.com/

 

 

            Ici l’alimentation n’était pas identique, nous devions nous adapter. Ma mère m’envoyait faire des courses :

_ Rapporte-moi des poireaux, je les ferai en vinaigrette, s’il n’y en a pas, prends des  asperges, ce n’est pas mauvais non plus.

 

Nous cherchions en vain des piments, ma mère en trouva chez un fleuriste. Ils étaient rouges et ronds. Mais, ils n’avaient vraiment pas le même goût que ceux de chez nous ; ils ne ne piquaient pas.  Ce sont des piments de France décrétâmes nous. Nous  plaçâmes la plante fleurie au milieu de la table de la salle à manger et en cueillions à l’heure des repas.

 

Nous trouvâmes  des burgaux sur le marché, ils ressemblaient aux vigneaux que nous connaissions et avaient sensiblement le même goût. En outre leur prix était très abordable.   Ma mère commanda trois cornets  à la marchande. Celle-ci les pesa et les mis dans du papier Kraft. Nous en reçûmes chacun un.

Les passants nous regardaient, surpris, alors que nous les dégustions, comme des cacahuètes. C’était une rareté au pays.

 

Les poissons, fades et laids, pour la plupart, nous laissaient perplexes, jusqu’au jour où nous découvrîmes, enfin, les grondins ; car, chez nous, un poisson de qualité se devait d’être rose.

 

En Guadeloupe les bonbons se disaient,  sucres et les gâteaux, bonbons. Ma première incursion chez la boulangère me dérouta. Des gâteaux magnifiques, non commandés d’avance, trônaient toute la journée à la devanture. Ayant eu mon argent de poche, et bien vérifié que j’avais l’appoint, je m’y aventurai :

_ Bonjour Madame, je voudrais  un bonbon.

_  Non, aujourd’hui je n’en ai pas, mais passez dans quelques jours.

Je battis en retraite, regardant les deux joues rosées de l’énorme pêche fourrée à la crème que je convoitais.

Le lendemain, décidée à ne pas m’en laisser compter, et sans laisser à la commerçante le temps de s’exprimer ; désignant la pêche d’une main, et lui tendant la monnaie de l’autre, je lui dis d’un ton péremptoire :

  Bonjour Madame,  je voudrais acheter ce bonbon, s’il vous plaît.

_   Je vous ai reconnue, me répondit-elle, nous avons des bonbons aujourd’hui. Combien de grammes en désirez-vous ? 

_   Pas la peine de le peser, lui répondis-je, je prends tout.

Quels rapiats ! Pensai-je, vendre les bonbons (gâteaux) au gramme. Qui l’eût cru ?

Je réalisai par la suite  qu’il me restait encore beaucoup à apprendre sur les usages de l’endroit.

 

           Les poulets étaient très bon marché, donc nous en mangions très souvent.

 Henri IV avait gagné son pari.

 

 Les gâteaux secs  étaient vendus au poids, nous en achetions pour le thé.

Ce Thé, quelle découverte ! Ma tante nous y initia ; nous qui n’en  prenions, d’habitude, sous forme de tisane, que lorsque nous étions brûlants de fièvre.

 

Le vin  du pays était peu alcoolisé et à un prix raisonnable; cela nous changeait du vin de table. Afin de nous ouvrir l’appétit, nous en consommions un doigt à chaque repas.

 

(…)

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 09:25

Caravelle Air France 1963-07-07

 

(...)

 

Nous partîmes en Caravelle,  à  destination d’Orly et voyageâmes en première classe.  Le Champagne nous fut offert. Mais notre mère refusa que nous les enfants en buvions:

_   Ce ne sont que des enfants, un verre de jus de fruit fera l’affaire ! 

 

 Nous restâmes deux jours en transit, dans une suite d’un grand hôtel parisien, et y découvrîmes la cuisine gastronomique française.

La longueur du jour nous surpris car,  la nuit tombait, chez nous à dix huit heures, alors que le soleil brillait encore  à vingt et une heures, car nous étions en  été.

 Notre père, qui étudiait alors,  à Cachan, vint nous voir. Il nous paya des glaces et les petits bateaux du jardin du Luxembourg. 

Pendant ce transit, nous visitâmes également le Louvre avec des amis de ma mère  et vîmes la Tour Eiffel.

Partout «  Des amoureux s’embrassaient sur les bancs publics… », et la mode était aux tailles de guêpes pour les femmes.

                      

            Nous prîmes un vol intérieur pour Toulouse. Je feuilletai les journaux mis à notre disposition : Alain Delon venait d’épouser Nathalie, malgré l’amour qu’il disait encore éprouver  pour Romy. Je trouvai cette histoire aberrante et époustouflante.

 

          Ma mère commença à nous mettre en garde. Ici, nous ne devions  parler à personne, connue ou inconnue, à part à notre propre famille. D’ailleurs, ici les gens  étaient différents. Nous ne devions laisser voir aucun objet de valeur. L’une de nos compatriotes, ayant une natte descendant  jusqu’aux haut des cuisses, s’était retrouvée avec une coupe à la garçonne en sortant du métro. Tel autre, en attendant le train, s’était fait pousser, sous les rails, par quelqu’un à qui sa tête ne revenait pas. Aussi elle insistait :

_ Attention, attention, les enfants, ici nous ne sommes pas chez nous. Il y a de nombreux crimes irrésolus et les criminels peuvent être n’importe qui, nous répétait-elle encore et encore. 

 

(...)  

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 23:32

Caravelle Air France 1963-07-07

 

 

          J’ai rêvé cette nuit que je cueillais des oranges. Mais quand je voulais les ramasser il n’y avait plus que des pommes sur le sol. Les pommes coûtent très cher en Guadeloupe. Alors je les ai récupérées rapidement. Mais quand je voulais en manger les pommes étaient redevenues des oranges. Alors je les emportais très vite loin de l’oranger. Ce qui ne les empêchait de se  retransformer en oranges.

Ce rêve qui me frustrait tant, je l’ai enfin compris ce matin, quand maman a dit qu’elle avait fait le nécessaire pour prendre son congé administratif en France. 

 

            Quelle sotte j’ai été ! Une orange restera toujours une orange quelque soit la distance que l’on mette entre elle et l’arbre.

 

            Il faut savoir que la Guadeloupe, département  périphérique de la Métropole, voyait ses  fonctionnaires   fortement encouragés à se ressourcer à la mère patrie, au moins tous les cinq ans. Aussi cette année de 1964 nous nous rendons pour un an en  France.   

  

(...)

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 00:36

jaune-d-oeuf480

 

 

 

            Je suis malade aujourd’hui, et bonne-maman s’occupe de moi. Elle m’a préparé un thé de « semen-contra » très chaud et très sucré. En surface, surnage la mousse d’un blanc d’œuf battu en neige. Sur un petit plateau, elle a posé des  mouillettes et le jaune de ce même œuf, qu’elle a fait cuire dans sa demi-coquille sur un recoin de l’âtre en ciment ; car elle estime que je dois reprendre des forces.

Plus tard dans la matinée elle m’apportera un œuf mollet avec des biscottes et un bol de Viandox chaud.  Car elle croit en la vertu fortifiante de ces deux aliments. 

A midi, elle me donnera une petite pomme de terre et une aile de poulet, et ce soir un bouillon de poule brûlant, ainsi qu’un thé aux feuilles de corossol.

 

Son principe de vie est qu’il faut manger souvent, mais très peu, pour être en bonne santé.

 

Quand j’irai un peu mieux, elle me donnera un petit verre de Cinzano ou de Vermouth pour me fouetter le sang ; mais en cachette de maman, qui désapprouve ce type de  posologie.

 

 

 (...)

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 23:44

martinique-carte-illustree-guadeloupe-martinique

 

(…)

 

Je connus aussi, à cette époque- là,   « Les Evènements » : des grèves importantes pour une meilleure rémunération des ouvriers de la Canne qui étaient  payés selon la richesse sucrière de la récolte. Les prix suivaient les cours mondiaux (1). Et les maçons, étaient  rémunérés au  SMIC local de  quatre cent cinquante francs par mois [67 euros] (2) alors que le bâtiment était en plein essor, et que le coût de la vie, était de plus de 40%  plus élevé qu’en France.

 

Le mot d’ordre était :

 « Solidarité entre les étudiants, les coupeurs de canne et les ouvriers du bâtiment ».

 

Aucun de ces mouvements du département ne fut repris par le Journal régional officiel, encore moins par ceux de Métropole. L’information était uniquement relayée par des journaux clandestins spontanés. Souvent de simples textes dactylographiés et photocopiés, reliés ensemble,  qui passaient furtivement de main en main.

L’on y apprenait que les ouvriers étaient payés selon la richesse sucrière de la récolte ; bien que la canne produise également du rhum ainsi que de la bagasse, qui transformée, était utilisée pour les faux plafonds des habitations, ainsi que pour l'isolation dans les climats tempérés. Que le prix de l’huile et des transports en commun avaient encore augmenté. Que des maçons avaient été grièvement blessés ou estropiés sur des chantiers par manque de mesures de sécurité.

Mais le mot d’ordre des autorités était, semblait-il, de laisser s’essouffler le mouvement. 

 

Cela avait des relents de Mai 1968, mais en plus complexe, car la grande misère de certaines classes sociales  rappelait plutôt La Commune de Paris.

Un Maître Ka, du Moule, Robert Loison, créa la chanson « Canne à la Richesse » pour ponctuer cette lutte.

(…)

Deux ans après mon arrivée à Paris (…), des étudiants de mon île me tendirent des journaux, les grèves de mon époque avaient recommencé. Cette fois, nos successeurs, plus courageux ou téméraires que nous l’avions été, avaient décidé de défiler dans les rues afin de  faire entendre la voix des oubliés de la prospérité. Il y eu des  tués, car des compagnies entières de CRS avaient été envoyées de Métropole.

 

(…)

  _________________________________

  (1)  [des années après, les salaires furent négociés avec 2,5% d’augmentation, et la prime de transport augmenta de 10%  au Moule, et ceci avant le début de la récolte]

 

  (2)     [celui-ci ne fut aligné sur celui de la métropole qu’en  1995 par Jacques Chirac ]

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 21:49

Barbados beach

 

(…)

 

 

           Mon séjour à la Barbade se fit dans une « Guest house ».

Les habitants de l’île étaient encouragés  à héberger des touristes étrangers, en structure familiale, et recevaient certainement en contrepartie des avantages divers de la part de leur gouvernement.

Mes amis étudiants et moi-même apprécions les soirées musicales qui se tenaient le soir dans les boîtes de nuit locales ; bien que ces dernières tiennent d’avantage du concert que du bal ; car on y dansait peu. 

 

              Dans l’île, les transports étaient d’un prix unique et dérisoire quelque soit la distance parcourue, les bijoux en argent magnifiquement ciselés, mais l’or n’était pas commercialisé, car gardé pour étalonner la monnaie. Le téléphone ne coûtait que le prix de l’abonnement et n’était payant que lorsque l’on appelait hors de l’île. 

Un projet de dessalement d’eau de mer  était initié à cette époque, allant de pair avec  une politique agraire innovante, car l’eau potable était très rare.

J’y rencontrais deux ingénieurs agronomes de mon département, d’origine métropolitaine, venus faire un stage de coopération, inter-Caraïbes en matière de cultures tropicales.

 

              Les Barbadiens étaient fiers, extrêmement polis,  travailleurs, et aucune tâche manuelle ne semblait devoir les rebuter ou les rabaisser. Je me souviens de ces hommes, pieds nus, qui nettoyaient la plage de Silver Sand Beach ; presqu’arrogants dans leurs guenilles. Ils nous renseignaient dans un Anglais châtié. Aucune gêne, aucune honte d’être pauvres, puisque le travail anoblit l’homme. Quand dans notre île tous se battent pour être des cols blancs. Je compris alors que c’était  la lutte d’hommes debouts et libres, à la conquête de leur autonomie financière ; peu importaient leurs hardes et leurs haillons.

 

J’ai caressé un jour le rêve de venir vivre sur cette île, et celui-ci ne s’est toujours pas évanoui.

 

 

(…)

 

Si vous voulez en savoir plus sur l'île de Barbade ; une des perles de la Caraïbe :

  

 

http://www.ilebarbade.com/

 

ArbreAPain-fruit

  Les fruits de l'arbre à pain

 

 

http://www.iledelabarbade.com/#

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 21:12

La féssée à l'école Photoj m 3 014

 

 

(...)

 

Je racontai bien plus tard à ma mère toutes ces violences. Elle m’encouragea à les lui pardonner  m’expliquant que c’étaient des séquelles datant de l’époque de l’esclavage, où une partie de la population  avait subi des atrocités innommables. Il s’agissait maintenant d’une sorte de  rapport post-traumatique. Sa propre grand-mère lui avait raconté que certains propriétaires faisaient dégringoler leurs esclaves du haut des mornes de la Vallée de Beaugendre, à l’intérieur de tonneaux fermés, dans lesquels étaient plantés des clous en fer rouillés, afin de les punir.

Selon la gravité des griefs formulés à leur encontre, certains esclaves pouvaient même être battus  jusqu’à ce que mort s’ensuive, ou avoir les mains plongées dans de l’huile bouillante…  Cette institutrice  aurait pu rosser d’aussi bon cœur ses propres enfants si elle en avait eu.  

Les violences maintenant répercutées de génération en génération faisaient maintenant partie du patrimoine génétique... 

 

En effet, c’est toute une population qui avait été traumatisée, et, contrairement au mémorial juif, il n’y avait eu aucune reconnaissance du préjudice subi, ni aucune offre de réparation. L’oubli, seul, était recommandé, puisque maintenant nous faisions parti de la République Française en tant que DOM. Mais, cela avait été obtenu par Aimé Césaire pour la reconnaissance du sang  versé pendant la deuxième guerre mondiale.

 

J’ai moi-même remarqué que ce ressentiment ancien, cette dette non soldée, du temps de l’esclavage, remontait en surface, lors d’une altercation ou d’une  parole malheureuse, les esprits s’échauffaient et il en fallait de peu que la population n’en vienne aux mains.  

Dans ces cas particuliers les anciens colons s’enfermaient chez eux jusqu’à ce que l’orage soit passé. Dans des situations extrêmes, cela aurait pu  tourner au lynchage. Et certains se souvenaient encore comment certains à la Révolution Française, massacrés par leurs propres esclaves, qui prêtèrent mai forte aux membres de la Convention, durent s’enfuir à la Martinique ou à La Nouvelle Orléans.

 

C’est pour cette raison qu’il y avait peu  de gendarmes antillais ; afin que les ordres donnés soient exécutés, sans tergiversation et sans état d’âme  en cas d’émeute. Le reste du temps, ils intervenaient mollement et à contrecœur pour séparer des antagonistes lors d’échauffourées ordinaires et arrivaient généralement quand la bagarre était terminée.  

C’est aussi pourquoi que lorsqu’il fut proposé   un texte sur les avantages de la colonisation, cette bombe à retardement,  toujours amorcée, aurait pu exploser.

 

(...)

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 00:32

Livres.jpg

 

 (...)

 

Il est vrai que si nous avions cours à des heures si tardives, c’est parce que les professeurs qui nous les dispensaient se consacraient le jour aux élèves des Grandes Ecoles, où ils étaient beaucoup mieux rémunérés. 

 

Ils arrivaient donc, en fin de journée, fatigués et moins motivés. Alors ils ne nous épargnaient pas, et se faisaient même un malin plaisir à essayer de nous ridiculiser. S’acharnant à nous convaincre que les Universités étaient une insulte à l’intelligence ; que nous détournions honteusement les deniers de l’Etat. Que notre formation ne pourrait jamais rivaliser avec celle des Ecoles réputées. Que nous étions une fabrique de chômeurs. Pour nous en convaincre, il leur arrivait même de distribuer, au hasard de leurs humeurs, des notes dissuasives pour notre cursus.

 

Cette réputation de sous-étudiants avait  fait attaquer la salle de notre petite librairie tenue par l’Unef par des étudiants d’extrême droite d’Assas ; brûlant, saccageant et déchirant les livres que nous nous revendions et achetions, à des prix beaucoup plus avantageux que ceux que nous avions l’habitude d’obtenir chez Gibert Jeune.

 

Je n’encourus personnellement aucun dommage, car mes livres de Maîtrise de Sciences et Techniques de Gestion rédigés en langue anglaise ne pouvaient être achetés ou revendus  par cette librairie d’étudiants, qui concernait surtout les Sciences Humaines. Mais, moi qui ne m’était jamais auparavant préoccupée de voter, et dont l’idéologie première était plutôt conservatrice, car nul membre de ma famille ni moi-même n’avions jamais reçu aucune aide de l’Etat, je commençai peu à peu à me forger une conscience politique.

 

Cette expérience des conditions d’étude à l’Université me fit rédiger, bien des années plus tard, cet article dans un journal pour lycéens :

 

Le Lyc-en JUIN-JUILLET 2008 6-copie-1

                                                     Journal Le Lycéen de juin-juillet 2008

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:26

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        Nous étions dimanche. La messe était terminée. Maman nous annonça qu’avant de rejoindre le Carbet nous devions nous rendre chez l’oncle Félix afin de lui souhaiter, à lui ainsi qu’à son épouse, nos vœux de Nouvel An. (…)

 

         L’oncle Félix était en fait un grand-oncle par alliance qui avait épousé l’une des sœurs de notre grand-mère paternelle. Aucun enfant n’était né de leur union. Ils vivaient tous deux dans une maison de ville, en ciment, de deux étages; un petit immeuble haut et étroit, de couleur crème, situé dans le bourg, face au Commissariat. Chaque niveau était ceint d’un balcon en pierre. Au rez-de-chaussée, il y avait un grand garage, et à l’arrière, tout contre l'immeuble, un bâtiment en  bois d’un étage ; qu’il louait au Collège où ma mère enseignait. (…)

 

         En arrivant chez l’oncle Félix, nous trouvâmes également des cousins issus de germains ; petits enfants d’une des autres sœurs de ma grand-mère paternelle. Et nous fîmes la queue afin de lui formuler nos vœux.

C’était une visite agréable et plaisante, car notre grand-oncle, un homme haut et mince, d’allure affable et débonnaire, avec de longs cheveux frisés et tout ébouriffés, coiffés à l’Afro, bien avant que la mode ne fut importée des Etats-Unis, nous accueillit à bras ouverts.

Il  faisait de larges gestes afin de ponctuer tous ses propos. A côté de lui était assise son épouse, une petite dame menue et souriante qu’il tenait amoureusement par la main et qu’il appelait « ma douce ». Je fus assez étonnée, non car que je n’avais jamais vu mes parents se comporter de la sorte, mais parce qu’ils avaient tous deux plus de soixante dix ans.

Quand ce fut mon tour, je lui souhaitais bonheur et santé, comme me l’avait dicté ma mère. Il m’embrassa affectueusement et je me dirigeai ensuite vers son épouse.

Je fus étonnée en repartant de m’apercevoir qu’il m’avait glissé dans la main  une enveloppe contenant une très belle carte de vœux.

Mais quand j’arrivai à la maison, comme je l’ouvrais afin de l’admirer, j’y trouvai glissé un billet de deux mille francs [trois euros]. Je n’avais jamais auparavant possédé une telle somme. C’était… deux cent fois mon argent de poche de la semaine. Mon jeune frère de trois ans mon cadet avait, lui, reçu mille francs. Cela représentait une somme encore plus importante pour lui qui n’avait que trois ans.

 

(…)

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