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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 01:12

Waterfall

 

 

(...)

Avant que la maladie ne le retienne alité, les après-midi, quand je n’avais pas classe, Bon-papa s’asseyait dans la berceuse de sa chambre. Je lui mettais alors une serviette sur les épaules, lui saupoudrais la tête de talc et ensuite, le coiffais. J’avais inventé, à cette époque, sans le savoir, le shampooing sec.

Je le faisais aussi longtemps que je le désirais. .Il était d’une patience infinie. 

Mais quand ses cheveux commençaient à lui recouvrir la nuque, il se rendait chez le coiffeur dont l'échoppe se trouvait de l’autre côté de la rue.

 

Parfois il souriait dans sa moustache en se souvenant de certains épisodes de sa vie passée. Je l’invitai alors à me les raconter. C’est ainsi qu’un jour il me narra, qu’alors qu’il était encore jeune homme, par une nuit sans lune ; en se fourbissant d’une batterie de casseroles attachées par des ficelles, l’un de ses frères et lui ; tous deux accompagnés d’un domestique, avaient fait croire aux habitants de leur Commune, que la «  Bête à Man Ibè  », elle-même,   était venue leur rendre visite ; frappant spécialement à certaines portes, et surtout se délectant des récits que les intéressés en faisaient le lendemain ; exploitant ainsi les superstitions populaires pour leur plus grand plaisir.

Surtout que, afin de rendre cette manifestation encore plus crédible,  ils n'avaient point manqué de pousser, lors de leurs déambulations, moult cris et borborygmes ;  en s'appliquant à inventer les plus bizarres que leurs bouches puissent émettre. 

 

(...)

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 00:24

 u17370007_libre-de-droits_golden-retriever.jpg

 

 

(...) un jour, une odeur de café me caressera les narines. Cette aube, que je savourerai  sera très particulière : la dernière des grandes vacances, la dernière de l’année, que nous passerons dans cette Vallée de Beaugendre. Car, cet après-midi, nous partirons pour regagner notre maison du Carbet.

J’aurais été réveillée, comme tous les jours, par les hennissements de l’âne du voisin, et me complairais en cet instant entre nuit et jour, où l’on se croirait à la naissance du monde, à l’aube des temps.

 

A ce moment où le soleil n’est pas encore levé, l’air est transparent et clair.

 

J’enfilerai mes sandalettes et me retrouverai sous le petit espace couvert, séparant la cuisine du séjour. Les bols en faïence du petit déjeuner seront déjà disposés sur la table de la salle à manger.

Le chat, la queue dressée; en humant le fumet du repas de midi qui s’échappe de la porte de la cuisine, miaulera et se frottera à nos jambes 

                 

Je virevolterai sur la terrasse, les yeux fermés, les bras en croix et la parcourrai  de long en large, avec l’illusion de présider, seule, pour la dernière fois, à la création du monde.

Ce rêve durera jusqu’à ce que l’oncle Charlemagne et ses travailleurs agricoles, se rendant au travail, passent devant la maison avec des ânes chargés de sacs et d’outils. Alors, stoppée net, je leur donnerai le bonjour et ils me répondront en retour.

 

La veille nos grands-parents ont ouvert leurs tonneaux de fruits en murissement et  nous ont donné un plein panier de mangues-fil, pomme, œuf de dinde, ainsi que de magnifiques mangues-greffées, enveloppées dans de petits chiffons. Et nous avons cueilli aux alentours de la maison des goyaves, des surelles, des tamarins des indes, des petites prunes jaunes et sucrées, sans oublier les fruits du carambolier dont les branches pendent au-dessus du petit ruisseau.

Depuis plusieurs jours déjà, la bonne a fait des confitures avec les fruits les plus mûrs.

Hier, nous sommes allés pêcher à la rivière de pleines timbales de vigneaux et quelques écrevisses et les avons aussitôt fait cuire. 

 

(...)

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 15:04

La danseuse creole Copyright Christian Dutasta 0126Danseuse créole

 

 

(…) Cette même année, la musique rythme la vie de l’île. Dans le bourg de Trois-Rivières, un groupe de jeunes gens ; munis de guitares, d'instruments à percussion et de trompettes, s’entraine avec acharnement.

J’ai cru entendre qu’ils n’ont aucune notion de solfège et même jamais appris à jouer de ces instruments. Mais ce qui est certain, c’est qu’ils ont au moins l’oreille musicale et beaucoup de talent ; en tout cas beaucoup plus que je n’en n’aie tiré de mes sept années de solfège et de piano.

 

D’entrainement en entrainement, ils sont peu à peu sollicités pour jouer dans les fêtes patronales, à la Messe du dimanche matin, lors des fêtes communales. Ensuite ils ont été vite très demandés pour les petits bals payants «  toufé nyens nyens[1] » de la commune et de ses environs.

 

De nombreux autres orchestres spontanés comme le leur agrémentaient la vie culturelle de l’île.

 

Certains de ces groupes arrivent à une qualité de son si parfaite qu’ils sont sollicités par les différents producteurs de disques locaux. Mais s’ils y gagnent en gloire, les sommes qui leur sont offertes sont insignifiantes, dérisoires même, et servent à peine à l’entretien et au renouvellement de leurs instruments.

 

C’était ainsi que se développait la musique en Guadeloupe dans les années 60.

 

(…) Au début des années 70, les chansons érotiques étaient  diffusées en boucle sur les canaux hertziens. Mais elles étaient généralement proscrites dans les soirées ou les boîtes de nuit. Cependant, de temps à autre, l’une d’entre elles arrivait à se faufiler entre deux morceaux. Les îliens longuement absents ou les métropolitains fraîchement débarqués étaient convaincus, en les écoutant, que le département vivait sous l’emprise du stupre et de la luxure, et que seul l’érotisme occupait les esprits. Et pourtant, ce n’était pas les plus salaces qui étaient diffusées, car beaucoup ne survivaient pas à la censure. Nous le sûmes, quand avec quelques amis, nous nous rendîmes à l’O.R.T.F, et qu’un photographe de l’antenne nous fit écouter certaines perles qui leur avaient été envoyées, mais qu’ils avaient choisi de ne pas diffuser.

 

(…)



[1]  Bals où les danseurs sont  si nombreux qu’un moucheron ne pourrait s’y faufiler 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 14:14

La maison de grand-mère au Port-Louis

 

 

(…)

 

Cette année-là, nous fûmes conviés, à passer les grandes vacances, avec notre   père, qui était, alors, Directeur de la colonie de vacances de Port-Louis.

Pour des raisons de commodité nous logions dans la colonie,  mais  nous en sortions souvent. Il nous offrait alors le cinéma, où nous nous rendions avec notre tante. Et lors d' incursions à Pointe-à-Pitre, il  nous achetait des palmiers ;  ses gâteaux préférés.

 

(…)

 

Profitant de cette liberté inespérée, pendant ces grandes vacances, ma mère décida de passer son permis de conduire. Elle acheta, à la rentrée, une voiture, que nous fîmes baptiser, et prénommâmes Joséphine.

 

 Cette même année, elle fit l’acquisition de notre premier frigidaire, et la glacière ne servit plus qu’au mûrissement de nos avocats et de nos mangues greffées. Nous n’achetions donc plus de pains de glace ; sauf lorsque nous désirions faire une « glace au coco maison » et  expérimentions dans nos bacs à glaçons toutes sortes de préparations glacées inédites, avec des poudres achetées en épicerie : à la framboise, à la fraise, ou à la pistache. Nous  faisions également des mini snow-balls  avec des glaçons aromatisés à la menthe ou à la grenadine.

 

Nous remplaçâmes notre vieux pick-up  par une radio tourne-disque s’ouvrant sur le dessus. Et pour montrer que nous étions de notre siècle et que nous nous ouvrions sur le monde, ma mère accrocha, au dessus de cet appareil dernier cri, une mappemonde monochrome. 

 

(…)

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 23:50

Waterfall

 

 

(…)

 

Je me souviens pardessus tout de la fin du jour à «  La Regrettée » ; quand la terre, encore chaude des ardeurs du soleil, est brusquement  refroidie par l’arrivée du crépuscule, qui tombe à dix-huit heures précises.

La nature exhale en ces minutes toutes les senteurs des fleurs et des plantes.

Je me remémore de l’heure où, entre chien et loup, quand, chahuté par les alizés, le bruissement du feuillage, qui frôle les chambres, me chuchotait comme une douce musique, les bruits d’une nuit apaisante qui envelopperait mes rêves.

Je crois encore entendre le claquement du vol  des chauves-souris ; s’extirpant de leurs cachettes diurnes, pour aller se rassasier des fruits sucrés du petit bois de  La propriété. 

Je me rappelle de l’instant où «  les belles de nuits » déploient leurs corolles odorantes et que tous  les criquets commencent à chanter.

 

A cette heure privilégiée où les volets  n’ont pas encore été fermés, je me couche sur le lit des mes grand-oncle et tante et sens le souffle de la nuit pénétrer mes  narines et me caresser la joue.

Je me laisse alors envahir par un sommeil léger que la clochette du dîner interrompra.

 

Parfois, aujourd’hui encore, oublieuse du temps et du lieu, je me crois revenue à l’époque de mon enfance à «  La Regrettée » ; quand profondément endormie, je suis réveillée par le bruit du train qui passe au loin, et  réalise soudain  qu’il n’y a pas de train à « La Regrettée ».

Je comprends aujourd’hui que cette maison de «  La Regrettée », grâce à la bienveillance des parents que j’y ai côtoyés,  restera pour toujours mon point d’ancrage dans l'île.

 

(…)

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 10:41

martinique-carte-illustree-guadeloupe-martinique

 

          

              À 4 ans, quand elle commença à déchiffrer La Méthode Boscher, on la mit en cours préparatoire, car sur son île papillon la maternelle n’existait pas encore.

D’une main elle tenait un petit cartable dans lequel était soigneusement rangés la précieuse Méthode Boscher, deux cahiers : l’un pour le calcul, l’autre pour le français, ainsi qu’une ardoise. Dans un plumier en bois étaient alignés un crayon à mine, une gomme, deux bâtonnets de craie blanche et une petite éponge.

De l’autre main elle tenait une toute petite valise en carton contenant un encas pour la récréation.

 

            C’était une petite classe privée, tenue par une veuve. L’enseignement se faisait dans une grange, ouverte sur le devant, qui avait une allure d’étable. Y étaient également scolarisés des enfants de classes pouvant aller jusqu’au CM2.

 

             La maitresse tenait ses ouailles d’une  main de fer, et seule la chute des lychees du grand arbre de la cour suspendait pendant quelques courts instants l’attention de tous. Alors, l’institutrice les envoyait ramasser et les entreposait dans un bol, afin de récompenser les plus méritants.

            

             Tous ses cours, toutes classes confondues, commençaient par :

             «  Qui a découvert l’Amérique ?  »

 Les premiers jours, la fillette imaginait son île recouverte par un très lourd  drap en toile, avant que le très méritant Christophe Colomb ne la découvre enfin. Ce qui justifiait certainement la reconnaissance éperdue que tous semblaient lui porter et la nécessité du rappel quotidien d’un si important évènement.

      

                

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 00:30

Ronde d'enfants

 

Non loin de chez elle, mais le long de la route nationale cette fois, elle avait d’autres amis, comme une petite fille d’un an son aînée dont elle avait fait son modèle.

En effet, contrairement à elle, cette dernière avait de longs cheveux épais, retenus par deux longues tresses qui lui descendaient jusqu’au dos, alors que ses petites nattes maigrelettes n’arrivaient elles qu’aux épaules. En outre, cette enfant était de constitution nettement plus robuste que la sienne.

 

Comme son père travaillait encore à l’époque au Port-Louis et qu’il ne revenait chez eux que le week-end, sa mère allait parfois rendre visite aux  parents de cette dernière ; qui étaient  eux aussi enseignants. Ce qui se passait généralement le jeudi après-midi ; jour de congé à cette époque pour scinder la semaine scolaire.

Ils étaient alors reçus sous un immense amandier, qui se trouvait à une extrémité de la pelouse de devant.

 

Ces après-midi-là, elle et son amie s’exerçaient à la fabrication de parfum à partir d’alcool médicinal et de fleurs d’ylangs-ylangs, ou encore faisaient des colliers avec des graines de Job, qu’elles peignaient ensuite. Parfois quand elles en avaient, les graines de lychees évidées servaient à l’élaboration de petites pipes dont les manches étaient des bâtons d’allumette.

 

Les aînés, des garçons, installés sur la galerie de devant, s’appliquaient, eux, à la construction de modèles réduits d’avions, avec des boîtes de conserves, en s’aidant de maquettes.  Quand ils étaient terminés ils les peignaient minutieusement avec une peinture brillante.

Admirative devant la minutie et la beauté de leur petite flottille, elle leur faisait jurer qu’un jour ils lui en offriraient un exemplaire. Ce qu’ils lui promettaient généralement en riant.

 

Parfois les frères de sa camarade, qui étaient cinq,  partageaient aussi leurs jeux, mais cela était plus violent. C’est ainsi qu’un jour elle reçut dans l’œil une petite bille de pistolet à air comprimé.

 

Il y avait bien un frère du même âge qu’elle, mais il la regardait avec méfiance, car ses aînés, pour le taquiner, les appelaient tous deux les fiancés. Il est vrai qu’ils se ressemblaient énormément et étaient de même constitution.

 

(...) 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:37

colibri quolibris

 

          

           Elle regardait avec admiration ce petit garçon de la maison de droite, qui ayant presqu’atteint le sommet du petit arbre, s’était assis sur une fourche et dégustait les pois-doux qui se trouvaient maintenant à sa portée. 

Elle aurait bien traversé  le petit chemin qui séparait leurs deux maisons pour le rejoindre mais il lui était interdit de grimper aux arbres, car comme elle était une fille on verrait sa culotte. Du moins elle supposait que c’était la raison de cette interdiction.

Soudain, elle entendit les appels de la mère du grimpeur ; lui enjoignant de descendre car il pourrait tomber et se blesser. Ce qu’il fit sans tarder.

 

Cette femme, qui avait six enfants, s’occupait de chacun comme s’il eut été unique, faisait son ménage, sa lessive, préparait ses repas, courait en tous sens sans être jamais fatiguée.

 

Un jour ce petit garçon du aller à l’hôpital, puis quelque temps après en revint. Elle entendit sa mère dire que les médecins avaient dit aux parents que cela ne servait plus à rien, qu’il valait mieux qu’il restât chez lui.  Peu de temps après il mourut.

Jamais elle ne l’oublierait.

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 21:59

colibri quolibris

 

(...)

 

Comme un flash-souvenir, elle se rappelle encore du jour où elle prit conscience de son existence remuante devant le miroir de la chambre de ses parents. Elle entrait et sortait de la maison en courant et riant. Soudain elle s’arrête et se regarde et s’y aperçoit, menue, les jambes arquées, le cheveu rare, ramassé par un nœud au sommet de la tête et deux papillotes sur les côtés. Elle se croyait différente ; s’imaginait plus imposante et plus jolie.

Elle se voyait plus grande  que le jeune voisin qui partageait ses jeux. Mais peut-être l’était-elle vraiment, car il était son cadet d’un an.

 

À l’époque ils étaient inséparables mais se disputaient souvent. Et leurs jeux se terminaient invariablement par des pleurs et des cris. Alors sa grand-mère venait le chercher, et elle recevait alors une fessée de sa mère, qui partait du principe que pour se bagarrer il fallait être deux. 

 Le lendemain elle allait s’excuser et ils recommençaient à jouer, mais chez la grand-mère du garçon cette fois-ci.

Sa maison qui se trouvait de l’autre côté de la rue était longée par une petite rivière.

 

Comme la mère de son jeune ami qui était enseignante se trouvait en Métropole cette année-là, et devait en revenir par bateau; elle lui montrait une feuille de bananier emportée par le courant et lui disait :

_ Voici ta mère qui revient de France ! Ne vois-tu pas le bateau qui la ramène ?

Malgré l’invraisemblance de l’histoire tous eux suivaient alors avec attention les avatars de la feuille, comme si sa trajectoire sur l’eau était une symbolique du parfait déroulement du voyage de retour de la mère du garçon.

 

Ce qui la laissait bouche bée, c’était quand la grand-mère de son camarade de jeux commençait le cérémonial du concombre.

Pour mieux visualiser l’action, il paraît utile de préciser qu’il s’agit d’un concombre antillais, trois fois plus large que celui de la métropole, mais  plus court d’environ quinze centimètres.

 

Elle lavait le légume dans une petite bassine, puis en coupait les deux extrémités sur deux centimètres, avant de frotter les parties ainsi détachées contre la partie centrale afin d’obtenir une petite mousse blanchâtre, et continuait ainsi tant que le légume moussait.

Elle appelait cela « en enlever l’amertume ».

Après  l’avoir évidé de ses graines avec un petit couteau pointu, elle en ôtait l’enveloppe. 

Quand elle avait terminé et mis à la poubelle tous les déchets, elle saisissait alors une lame effilée et le découpait en un long ruban translucide d’environ un millimètre d’épaisseur.

Le but de l’opération était d’effectuer une spirale aussi longue que possible sans rompre le ruban.

L’œuvre d’art, enveloppée d’un tissu propre préalablement salé, était ensuite mise dans un saladier, et récupérée juste avant de servir. Alors, les longs rubans de concombre seraient placés dans les assiettes des invités. Il ne resterait plus qu’à y verser la vinaigrette.

 

(...)

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 00:54

La féssée à l'école Photoj m 3 014

 

  

          J’ai ricané en classe, aussi pour cet après-midi je dois présenter dix cubes en papier kraft en guise de punition. J’avale mon repas et m’y mets immédiatement.

Quelle folle cette maîtresse ! Dix cubes pendant l’heure du déjeuner. Je me dépêche. Flute ! Je n’ai plus que dix minutes pour me rendre à l’Ecole.

J’ai décidé de prendre un raccourci et dévale l’escalier en pente du cordonnier qui me gronde. Mais j’y suis bien obligée, car il raccorde deux rues : la départementale et celle du bord de mer où se trouve mon Ecole. Sinon mon trajet serait nettement plus long. J’arrive haletante et dépose mon sachet de cubes sur le bureau. La maîtresse me toise du regard et me morigénère.

Je repense encore aujourd’hui à ces dix cubes de mon enfance expédiés en bien moins d’une  heure. Y arriverai-je encore aujourd’hui ?

 

            A  cette époque les punitions corporelles n’étaient pas encore bannies de l’Education Nationale. Alors,  l’institutrice essayait, avec une tige de bambou, de nous faire entrer dans la tête l’analyse logique et  grammaticale, ainsi que de combler nos lacunes en calcul.

En passant entre les rangs, elle s’arrêtait à notre hauteur et alors commençait l’interrogation. À la moindre erreur, un coup de bâton en bambou s’abattait sur le malchanceux. Si les erreurs étaient nombreuses, plusieurs en rafale. Parfois même elle s’acharnait sur certains d’entre nous. Sous l’effet de la douleur et de la terreur nous désapprenions nos règles grammaticales et étions dans l’état d’esprit de  condamnés à mort exécutés au hasard.

 

(...)

 

Photo selon :

http://lafesseillustre.blogspot.com

 

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  • : le domaine de Chantal Sayegh-Dursus
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