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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 02:06

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[21]  Mon Bac 

 

L'on était en février et je  devais passer mon baccalauréat au mois de juin. Ma scolarité ayant été très laborieuse  je devais m’y appliquer  sérieusement.



 Je pris avis auprès de mes aînés, anciens potaches des années précédentes, et eus pléthore de conseils de tout ordre.

Celui-ci  commençait à travailler à quatre heures du matin et ne se couchait pas après dix neuf heures, car il était du matin. Tel autre prenait un copieux petit déjeuner  et des œufs à la coque et plusieurs petits encas tout au long de la journée. Un autre  ne buvait pas moins d’un litre de lait par jour ainsi que deux bouteilles de bière noire sucrée sans alcool.



Enfin les recettes et les conseils étaient aussi nombreux et variés que les individus.



 J’en retins cependant quelques unes : Ne se fier à aucun des cours que j’avais en ma possession ; les lire, simplement pour information. Me faire des fiches personnelles sur tout le programme de l’année à partir des livres. Acheter des quizz et les apprendre sur le bout des doigts. Réviser le lendemain ce que j’avais appris la veille. Faire tous les exercices du programme, en mathématiques par exemple, et les faire corriger par des élèves de Terminale Scientifique, parmi les plus brillants.

Ce qu’ils ne purent m’expliquer, le fut par un collègue de ma mère.

 

A six heures et quart du matin j’étais levée, et à sept heures au plus tard, assise à mon bureau. Toutes les deux heures, je m’octroyais un somme de vingt minutes et aucune distraction ; à part le quart d’heure des actualités télévisées du soir.

Je me donnais jusqu’à vingt deux  heures pour boucler mon programme de la journée.

Pas de café, mais du chocolat, car s’il était  stimulant pendant les quatre  premières heures, il faisait effet  coup de massue vers les onze heures. Et surtout, je prenais une nourriture équilibrée et évitais le grignotage. Je me procurai également des tablettes de phosphore en pharmacie.



Bref, d’un cerveau sous entraîné je voulais faire un athlète.

 

 Je révisai mes fiches jusqu’à la dernière minute.

 

(...)

 

L’examen eut lieu. Je ne séchai pas, mais n’eût pas d’éclair de génie non plus.

Je croyais être  au rattrapage, et m’apprêtais à prendre le car pour glaner les fruits de mes efforts tardifs. Mais ma mère me devança :

_ « Ma collègue, Madame X,  m’accompagne. En effet, il faut que je sois  soutenue pour affronter tes résultats. Mais je t'invite à nous accompagner si tu le désires. »



 Je jugeai plus prudent de m’abstenir.

 Pour tuer le temps, je feuilletai  divers magazines.

 

 J’entendis la porte d’entrée claquer, des pas précipités dans l'escalier, des chuchotements, puis des gloussements :

_ « Il ne faut pas le dire trop fort, ils se sont certainement trompés.. »

 

 Ma mère ouvrit la porte de ma chambre et dit :

_ « Tu l’as eu du premier coup, et avec mention.  Vous êtes  une soixantaine dans le  Département. Les autres iront au rattrapage ».

 

A cette époque le rattrapage se faisait entre les notes huit à douze.



 Cette nuit- là ma mère ne ferma pas l’œil, alors que  je m’endormais du sommeil du juste.



(...)

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 01:33

La maison de grand-mère au Port-Louis

 

(…)

 

Cet après-midi, nous sommes tous au balcon du premier étage, car c’est aujourd’hui samedi, jour des mariages religieux.

Les bancs ont été publiés  depuis plus de trois mois.

Le mariage civil a eu lieu hier à l’Hôtel de ville, et la mariée est venue nous voir il y a de cela quelques semaines, non pour nous inviter, mais pour nous demander de mettre une chambre à sa disposition afin qu’elle s’habille chez nous.

 

La cérémonie à l’église est maintenant terminée. Les cloches carillonnent. Les mariés s’avancent vers le perron, le descendent, traversent le parvis, puis s’apprêtent à prendre la volée de marches qui les conduira jusqu’à la rue.

Ils sont précédés par un couple de tous jeunes enfants portant des corbeilles de fleurs. Deux autres soutiennent la traine de la mariée. Les garçons et les demoiselles d’honneur suivent. Les hommes sont en tenue sombre et portent des nœuds papillon en soie grise. Les trois premières demoiselles d’honneur sont en rose, les trois autres en vert eau, les trois suivantes en jaune poussin et les trois dernières en bleue pâle.

 

Nous avons entendu dire que toutes les robes, celle de la mariée incluse, ainsi que les divers accessoires, ont été commandés chez Pronuptia. Mais les chaussures, apparemment, ont été achetées chez le Syrien de la commune. Les coiffures sont magnifiques. Elles ont toutes été réalisées par René, mon jeune cousin-issu-de-germain du côté de papa. Il n’a que douze ans, mais dès l’âge de huit ans, il est « tombé en coiffure ». Pour les grandes occasions, les femmes préfèrent être coiffées par lui, car c’est son hobby, son dada, une vocation  dont il veut faire plus tard son métier. Alors il s’entraîne sur toutes celles qui veulent bien lui abandonner leurs chevelures. Tous dans la commune, le disent, l’affirment, le jurent : dans quelques années il sera l’un des plus grands coiffeurs de la Place de Paris.

 

(…)

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 22:38

©Chantal Sayegh-Dursus (76)

 

Ce petit pont de bois, enjambant une rivière, ou plutôt un ruisseau, appelé le canal, qui sépare  la cour du primaire de la demeure de mon institutrice du CP, je ne le franchirai plus jamais, lors des récréations, sous l’œil bienveillant de la maîtresse de surveillance.

Il est vrai que cette prérogative était due au fait que  la cousine de mon ancienne institutrice était la Directrice de l’Ecole  Primaire où j’étais maintenant scolarisée. Aussi, je le traversais de temps à autre ; juste pour lui faire un signe, me rappeler à elle, car je l’aimais bien mon ancienne maîtresse du CP. Mais hier, je l’ai entendue dire à une mère :

_Votre enfant a été refusé en CE1 à sept ans, alors que « celle-là » ils l’ont prise, alors qu’elle n’avait pas encore six ans. Il est vrai que ses parents  sont dans  l’enseignement. Voyez-vous « ces gens-là »…

Aussi je viens de le décider. Je n’irai plus jamais la voir.

 Cette trahison, je la garde tout au fond de mon cœur. Je ne l’avouerai à quiconque, même pas sous la torture. Je préférerai me faire hacher menu plutôt que de le faire.

 

Quand on m’a demandé par la suite les raisons de ces non-visites, j’ai prétexté que je m’étais fait gronder par la maîtresse de service, un jour où je m’apprêtais à franchir le petit pont.

 

Bien des années après,  après mon succès au baccalauréat, ma mère m’a envoyé remercier cette maîtresse qui m’avait appris à lire.

Elle m’a reçu les bras ouverts, m’affirmant qu’elle le savait depuis toujours, elle l’aurait juré, et aurait mis sa main au feu, sa tête à couper, que je l’aurais eu ce Bac, et avec Mention.

 

Après tous mes doutes, mes jours de bachotage, si j’avais su qu’elle avait eu une telle confiance en mes capacités, je ne me serais pas donné tant de mal ; du moins j’aurais avancé avec  plus de confiance, plus de sérénité,  pendant toutes ces années de Lycée.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 17:58

 

 Sidney Bechet by Ray Avery

 

Comme je descendais les marches, un son rythmé s’infiltra sous une porte, et envahit peu à peu  la cage d’escalier ; réchauffant les murs blafards d’une coulure tropicale.

Il fut immédiatement  suivi par les cris d’une mère qui hurlait à tous les diables. Il s’arrêta abruptement.

Quelques minutes plus tard un adolescent boutonneux me bouscula, s’enfuyant presque, avec un 33 tours de Sydney Bechet sous le bras.

 

Il est vrai, qu'en ces années-là, il fallait se battre pour imposer cette musique… musique de nègres disaient ses détracteurs.

 

Aujourd’hui, dans les salons huppés, il est de bon ton de parler de Jazz, de Blues. Et souvent ce sont ceux-là même qui ne les écoutent jamais qui en parlent le plus.

 

Ce fut la pierre d’achoppement de la musique moderne ; car après vint le rythm’ n'blues, le rock’ n'roll…

 

 

La dignité des hommes©CopyrightFrance.com

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 22:53

 

La maison de grand-mère au Port-Louis

 

 

        (...) Des années passées au Lycée, la cinquième fut la pire de toute ma scolarité.

 

               Une malveillance ressentie, une remarque désobligeante d’un professeur, m’ont encore fait perdre tous mes moyens, et j’ai obtenu une mauvaise note, une fois de plus.

Ma vie me semble sans issue. Je vais me faire gronder, gifler sans aucun doute. Comment m’en sortir ? Aucune solution ne se présente à moi.

J’ai maintenant suffisamment vécu, je le pense vraiment. Je crois que le meilleur de ce qui était à vivre est maintenant derrière moi. Le futur me semble de plus en plus compliqué. J’ai décidé de m’arrêter là. Je ne crois pas que j’irai plus loin. Je n’ai pas la force d’aller plus loin ! D’ailleurs pourquoi continuer à vivre. Ils ne me prêtent généralement aucune attention. Du moins chaque fois qu’ils le font c’est pour me critiquer. Ils seront bien surpris quand ils verront que je suis morte. Ils pleureront et moi cela me fera rire. Ils n’avaient qu’à m’apprécier quand j’étais vivante. Maintenant je suis certaine qu’ils ne m’oublieront jamais. Ils se demanderont : mais pourquoi ? Pourquoi ?

J’imagine le moyen de m’évader rapidement de cette existence qui devient de plus en plus inintéressante, dure, oppressante.

Une ficelle, une corde suspendue à une poutre du plafond serait une porte de sortie. Je cherche une chaise, la trouve et m’enfonce dans un puits sans fond, glisse et me retrouve étalée de tout mon long sur le plancher.

Assise sur la chaise tout en réfléchissant à la situation catastrophique dans laquelle je me trouvais, je me suis endormie ; épuisée d’avoir tant pleuré. J’ai glissé et ma chute m’a brutalement réveillée. Il fait déjà presque nuit.

J’entends qu’on me cherche, qu’on m’appelle. Je descends les escaliers. L’on verra bien demain. Mais le lendemain c’est lundi et je dois prendre « un transport en commun » pour me rendre au Lycée de Basse-Terre où je suis pensionnaire, et apprends juste en arrivant que l’on a un contrôle sur la paramécie. J’ouvre mon cahier et lis chaque ligne avec une attention extrême, car je n’ai que cinq minutes pour tout mémoriser, cinq minutes pas d’avantage ; avant que le professeur de sciences naturelles n’ait fini de déballer toutes ses affaires.

Finalement j’ai obtenu 16,5/20 à cette composition.

 

J’exulte… la vie est belle !

 

 

Extrait de la Dignité des hommes©CopyrightFrance.com

 

 

 

 

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