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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 00:13

 

 

J’étais dans le doute,

Quand soudain sortit la carte du jugement,

Tous les espoirs étaient permis

Car le ciel m’a tendu la main.

Des cieux me vint un message,

Quand la trompette a sonné,

Car nous sommes vraiment trois,

Un homme, une femme et leur enfant,

Ce chiffre qui symbolise,

Pour tous une renaissance,

Le succès dans les entreprises,

L’accomplissement des vœux les plus chers.

Alors, vite faisons des projets !

Car aucun ne peut être vraiment fou,

Puisque les cieux nous sont favorables.

Demain je reprendrai mon violon,

Tu programmeras le voyage  désiré

Toi,  inscris- toi au Russe et  au Chinois,

Sans bien sûr oublier l’Anglais,

Puisque les cartes te sont favorables.

Je noircirai des pages pendant des nuits entières,

Car tout ce que j’écrirai sera, il est sûr, accepté.

Oublions toutes les contrariétés,

Car la carte du jugement a parlé.

 

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 13:35

 


 

Mon jardin se meurt,

Il est peut-être déjà mort.
Il est comme un vulgaire terrain vague.
Les deux buis de l’entrée sont desséchés.
Les iris, qui furent si prolifiques,
Ont maintenantl’aspect d’un bouquet rachitique.
Le laurier est à presque mort,
Et ses moignons font piètre figure,
Ses fleurs furent petites cette année.
Le rosier sous sa treille n’a pas été taillé,
Les bourgeons ont grossi comme des prunes,
Et  pendent maintenant sur son corps rachitique.
Les herbes folles rampent le long du sol,
Comme les poils hirsutes d'un animal malade.
Ce qui fut naguère une pelouse n’est plus qu’une pelure.
Les herbes aromatiques n’ont pas survécu,
Seuls les groseilliers ont porté,
De belles grappes vermeilles, de fruits gros comme des billes.
Le cassis a donné également de beaux fruits.
Mais le framboisier et le mûrier sont restés trois mois en souffrance,

Avant d’être replantés, après mon accident, 
Donc un seul a survécu,
  
A l’arrière, près de la véranda,
Le cerisier a donné quelques fruits,
Dont se sont régalés les oiseaux assoiffés.
Mes trois buis de l'arrière sont tout à fait morts,
Le figuier, lui, s’est desséché complètement,
Une mauvaise herbe prolifique l'a totalement étouffé. 
L’hibiscus bleu s’est bien comporté.
Les autres plantes ont survécu comme elles ont pu. 
Les herbes folles font à mon jardin couronne hirsute.

Mais au lieu que de le plaindre, ou au lieu que de me plaindre,
Dans quelques minutes, armée d’une béquille,
Assise sur une chaise en plastique toute bleue,
Je défricherai ce petit jardin abandonné,
Je changerai mes buis,
Et avec un échenilloir, je taillerai mon rosier.
Par un jet d'eau , je rendrai à ma terrasse en marbre rose son bel aspect d’antan.
Puisque dans cette maison, j’ai décidé de vivre tout comme auparavant.
Sur un ton directif, je  forcerai ceux qui peuvent marcher sans peine,
A creuser des trous où je pourrai planter toutes les belles plantes,
Qui m’ont si souvent fait envie, dans les émissions de Stéphane Marie.
D’un jardin sec et stérile, je créerai en trois jours un coin de paradis.


C’est ma vie qui recommence et puisque je vais remarcher,
Faisons pour ce jardin ce que je ferai pour moi assurément demain.
Projetons vers lui tous les désirs enfouis,
Replantons ce qui ne fut qu’en sommeil quelque temps.
Que la volonté de lui rendre le faste qu’il n’eût qu’en rêve,
Guide également mes créations futures.

 

 

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 14:37

Le  facteur Beta

 

 

Ils sont prêts, mais le moment n’est pas encore esquissé,

L’heure n’a pas été sonnée à l’horloge du temps.

Les êtres nouveaux sont  là, ils attendent. ..

Tout arrivera à heure nommée.

Les minutes s’étirent, s’étendent, s’effilochent, se déchirent enfin.


Les astres leur ont dessiné le caractère et l’humeur,

L’environnement les potentialités et les limites,

L’hérédité les schémas directeurs.
Leurs probabilités de jeu  leur ont été montrées,  


Ils ont accepté leur histoire et leur devenir.

Les possibilités d’action ont été enregistrées,

Elles ne modifient pas la chorégraphie du tout.
Maintenant, ils boivent l’eau de l’oubli…


Ils paraissent avoir été semés au hasard,

Mais chaque frémissement de l’air a été décidé.

Maintenant les dés sont jetés.

Et la partie a  déjà commencé.

 

Dimitri se penche sur son fils nouveau né,

Le sentiment de cette journée déjà vécue l’effleure.

Machinalement, pour la première fois, semble-t-il,

Il se projette vers un avenir lointain,

Où le quotidien n’est qu’un barreau...

De l’échelle du temps.

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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 13:11

Une vie sur l’eau, au fil du temps.

 

 

Sur le fleuve vert charriant les alluvions drainées depuis les sources premières, elle suit des yeux  les petits bouchons tressautants que représentent les barquelettes bousculées par les flots. Captivée, elle lève la tête, et est saisie par le tableau fluctuant d’un  ciel  revêtant les couleurs évanescentes des longs crépuscules d’hivernage ; écheveaux de teintes chaudes entremêlées en une coiffe incertaine, se mirant dans une eau aquarelle qui, tout comme une élève assidue, s’applique à reproduire avec minutie les moindres touches de l’œuvre du Maître.

 

Avant les grandes crues du début de mousson, les hommes s’affairent à la dernière pêche. Les enfants gambadent  insouciants  sur le pont passerelle qui enjambe l’onde couleur  émeraude.  Et comme des feux follets de fin de jour, elle peut entr'apercevoir la blancheur bondissante de leurs tuniques sur le fond de l’air électrique.   

C’est une saison de l’année, entre toutes discernable, où les eaux, les cieux et la terre semblent vouloir se fondre en un pont incertain.

 

Eddine chantonne, car elle a accouché de deux garçons hier ; comme in tempo(1) avec les exigences du temps. L’un s’appelle Luil et l’autre Manoël. Elle les a placés tête bêche dans le nouveau panier de jonc, que les femmes du village ont confectionné en toute hâte, pour cette jumellité inattendue. Auparavant, comme pour s’amuser, elle en a couvert le fond de la toile huilée, troquée l’année dernière contre un panier de lianes au marchand ambulant.  Et pour parfaire le tout, elle l’a tapissé de feuilles de bruyère et, avec le reste du ciré, crée un petit toit.  Satisfaite de cette innovation, elle y a  glissé les jumeaux, puis posé le tout sur une couche d’herbes sèches.

 

Elle a déjà eu trois garçons avant eux. Ils s’en sont allés vers le Nord  il y a longtemps déjà ;  audaces fortuna juvat (2). 

 

Elle fait virevolter, pardessus son épaule, sa longue tresse mordorée et ramasse le panier d’osier du linge tout frais lavé.

Petro rentrera bientôt des hautes terres avec l’âne. Il y a  monté, peu à peu, leurs quelques meubles en bambou, noués ensemble par des cordelettes de chanvre, ainsi que des provisions de riz et de poisson fumé, qui leur permettront de tenir  jusqu’ à la fin des pluies.

Ses yeux verts se voilent de tristesse. Ils sauveront, peut-être, s’il ne tarde pas trop,  l’essentiel de ce qu’il n’a pu emporter. Et quand viendra le temps de fin de crues, ils redescendront, comme chaque année, vers les basses terres. Il faudra alors tout reconstruire et tout recommencer ; ils sont hommes de l’eau, suivant le cycle des saisons des pluies. Et, à l’image des araignées, ils refont incessamment la toile  malmenée qui leur sert à se poser,  nil novi sube sole (3). Pourtant, nulle rancœur n’étreint son âme, car elle sait qu’ils sont les enfants du fleuve, et qu’il ne leur a  jamais ménagé ses bienfaits ni sa générosité.  Il refertilisera la terre et les prochaines récoltes seront au rendez-vous.

Maintenant, ils guettent tous  l’exode des rats d’eau. Quand ils creuseront leurs abris plus haut vers les terres,  le signal du départ sera alors donné.

 

Mais, soudain, sans que rien ne vienne l’annoncer, elle se sent saisie par des bras puissants, qui l’enveloppent et l’emportent. Cette fois, le maître de l’eau est venu par surprise, car il entend   ramener ce qu’il y a de meilleur. Cependant  nulle révolte, ni  inquiétude ne la trouble quand ce torrent grossissant sans cesse et s’alourdissant de sa propre force la submerge. Car  elle voit le petit Moïse, confectionné la veille, flotter et filer pardessus  les flots ;  nouvelles semailles lancées vers de nouveaux lieux ; alluvions de chair envoyées pour se reproduire sous des cieux  inconnus. Elle sait désormais que chaque pensée, geste  ou chose est une note jouée dans l’harmonie  de la vie, et que les hommes  ne sont que les simples passagers de l’eau et du temps, … tempus fugit quoque l’aqua (4).

 

(1)   au diapason

(2)   la fortune sourit aux audacieux

(3)   rien de nouveau sous le soleil

(4)   le temps s’écoule tout comme l’eau

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 11:37

Nous avions alors 18 ans

 

 

 

Nous avions alors 18 ans

Trente- huit ans après,

Tu m’envoyas cette photo,

C’est notre Baie, t’en souviens-tu ?

La nuit du Bac où nous dansâmes,

Oubliâmes d’échanger nos adresses.

Un ami t’amena par hasard,

Dépité que nous nous connûmes.

 

La journée de fête à Ducharmoy,

Où nous dûmes nous cotiser pour l’essence,

Car la voiture prêtée généreusement,

Plus une goutte n'en contenait.

 

Ce jour où nous pique-niquâmes,

Et nous baignâmes dans cette Baie,

Qui nous semblât être la plus belle,
 Nous ne nous étions pas trompés.

 

Car bien des années après,

D’autres l’immortalisèrent,

Et depuis, le sais-tu

L’inscrivirent au patrimoine mondial de l’humanité.

 
Après maints souvenirs évoqués,
Nous hésitâmes à échanger nos photos,

Les yeux, la bouche et le sourire,

Oui, c’était encore tout à fait nous.

Nous nous sommes mariés tous les deux,
Depuis bien des années déjà.
Moi j’ai une fille, toi un garçon,
Il faudra  les présenter l’un à l’autre.

   

 

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 19:08



            Elle marchait rapidement, afin de semer ce chien qui la suivait  depuis qu’elle lui avait jeté les restes de son sandwich.

 

          Comme tous les jours, levée alors que la maisonnée sommeillait encore, elle fit tourner une machine, cuire les « ciabattas », sortit le beurre du réfrigérateur, puis versa le chocolat dans le grand thermos bleu. Elle en profita pour enlever le linge sec du rack, rangé près du radiateur.   

           Ce soir quand tous dormiraient elle ferait le repassage,  mettrait la table en position basse, et s’assiérait sur le canapé face du téléviseur.

          Il lui restait une heure avant leur départ pour l’école. Aujourd’hui, c’était mardi,  jour de marché. Quand elle arriva, les commerçants  venaient  de finir de déballer. Ses courses : des poivrons rouges et longs et de grosses tomates à farcir, également quelques courgettes, et deux kilos  de clémentines, ainsi que des  bananes et des  poires. A l’étal du boucher, on lui servit du steak haché, des escalopes de dinde, du faux filet et de la basse côte. Elle prit à la boulangerie un grand pain de campagne.  Cela suffirait jusqu'à samedi!
 

            Ce midi elle ne déjeunerait pas, car elle aurait trois réunions succéssives. C’est pour cette raison, qu’elle venait d’acheter  un sandwich au salami. Mais de si grande heure, il avait du mal à passer. Donc, le chien s'en était régalé.

 

            Il n’était pas encore huit heures ; elle avait juste le temps  de sortir la poubelle.
Elle poussa la porte, les enfants étaient déjà habillés, prêts pour l’école et prenaient leur petit déjeuner. En mettant sa serviette devant l’entrée, elle vérifia que leurs cartables  s’y trouvaient également, et attrapa en passant le sac de déchets.

 

            Le chien jaune était devant la porte. Il la suivit dans l’appentis et s’y allongea en grelottant. Elle haussa les épaules et laissa la porte entrebâillée. Il n’y avait, il est vrai  à l’intérieur que le barbecue et quelques fauteuils de jardin.

 

           Elle confia les enfants à la voisine qui les amènerait à l'école, puis  prit le train pour Paris. Son mari était absent, en séminaire à Marrakech.  En cas de nouvelle grève,  elle appellerait  un voisin pour qu’il les ramène avec les siens après l’étude.

           Depuis qu’elle vivait aux portes de la Capitale, il lui venait parfois l’envie d’y emménager. Mais la qualité de vie de sa petite ville pavillonnaire, ainsi que la surface confortable de leur maison lui manqueraient. Donc, elle avait remis  cette option à plus tard. Quand, par exemple, les enfants feraient des études supérieures ou seraient en âge d’apprécier les avantages culturels de la vie parisienne,

 

        Son adjoint l’attendait. Il lui remit une chemise avec le dossier sur lequel il avait certainement planché toute la nuit. Son teint jaunâtre et ses traits tirés le confirmaient. Elle lui lança un regard, chaleureux, afin de lui insuffler un regain d’énergie.  


      
Les Anglo-Saxons étaient venus en nombre, bien qu’ils aient eu quotidiennement, en temps réel,  à leur heure locale, tous les rapports financiers et commerciaux requis. Cela ne présageait rien de bon, puisque le grand patron ne s’était pas déplacé…

       En souriant, elle notifia à tous que la réunion pouvait commencer, puis  elle se se leva, se dirigea vers son bureau et composa la ligne directe du Président du Groupe.

Ce dernier l’avait prise en sympathie, quand  à ses tout débuts dans la Société, avec l’arrogance de la jeunesse, elle l’avait un peu bousculé. Habitué aux propos obséquieux et aux courbettes, il avait ressenti, à son égard, une immense sympathie, et lui témoignait dès lors une confiance absolue. Ils s'entretinrent  de tout et de rien. Puis il amorça:
_    En dépit de la crise les résultats sont excellents. Nous avons, depuis le début de l’année, racheté deux compagnies concurrentes. A part quelques restructurations, nous voilà  parés pour les dix ans à venir. 

Le   Président se targuait, en effet, de parler un Français parfait.

Elle avança :

_   Vous avez bien fait de ne pas désinvestir en France. Les Chinois de l’exposition pensent qu’ils sont capables, avec la technologie qu’ils ont maintenant assimilée et maîtrisée, de mettre un pied sur le Vieux Continent. Les quotas leur étant, actuellement, défavorables, ils attendent qu’une « niche » se dégage. Leur souci, c’est  qu’elles sont, pour l’instant, toutes occupées .

Il rétorqua :

_    Ils ont des coûts de main d’œuvre  nettement inférieurs, là-bas ; ils ne s’y retrouveraient pas .

 Ce n'est pas certain! Ils ont dans la Capitale nombre de compatriotes clandestins qui travailleraient pour un bol de riz. Pas de coût d’exportation, ni de droits de douane, donc pas de quotas.  Quand la Chine s’éveillera, comme le  disait Alain Peyrefitte. Ah! Ah ! Ah ! Je pensais vous voir aujourd'hui et prenais  simplement de  vos nouvelles. Mon mari serait ravi de vous  inviter à une  partie de  golf la prochaine fois  que vous nous ferez l’honneur de venir à Paris.


Tous ses collaborateurs semblaient sur le gril. Les mots d’ordre étaient : restructuration, rentabilité, délocalisation.

Sa préoccupation : son dîner du soir. Un poulet Tandoori avec un peu de riz Basmati satisferait tout le monde. Zut ! S’il lui restait un yoghourt bulgare elle n’avait plus de poudre de Tandoori. Il y en avait bien en pâte, mais cela n’aurait pas le même goût. Va donc pour un tajine au Poulet. 

Elle avait plusieurs  réunions d'égale importance  dans des filiales de Groupes Internationaux, situées sur le même site.

 

 En fin de journée, en rangeant la poubelle, elle s'aperçut  que le chien était toujours dans le cagibi. En lui apportant  des restes de la veille et un bol rempli d’eau, elle lui confia à voix basse: 

 

_ Ce n’est pas parce que tu vis en France, que tu n’as pas le droit de manger à ta faim, toi aussi.


 

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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 18:18



Je me suis levée ce matin avec un sentiment d’urgence.
Car je craignais d’avoir oublié quelque chose

J’avais pourtant tout  rangé  la veille, et bien expédié les dernières lettres, rempli tous les contrats et signé les procurations.

Depuis que j’ai été prévenue, je n’ai plus eu une minute de libre, que dis-je plus seconde à moi. Mais je n’ai averti  personne.

Envolé l’ennui, qui m’habitait jusque là. Puisque  je devais partir, il me fallait donc me préparer.

 

Je  fus gênée, au détour d’un couloir, par une famille en pleurs. Mais je n’avais pas le temps de m'attarder, aujourd’hui, plus de temps à perdre.
Mon sourire avait du les surprendre, les gêner même ; car je les vis se détourner, comme offensés.

Quand ils avaient été affectés, ils savaient pourtant que leur séjour se terminerait un jour.

Pourquoi embarrasser ainsi leurs proches, qui ne tarderaient pas à les rejoindre d’ailleurs ; car personne n'était censé rester.

Pourquoi ces faces de carême ?

Pourquoi gâcher ainsi leurs derniers instants ensemble ?

Car tout avait déjà été prévu dès le départ

Leur seule inquiétude devrait résider dans l’échec possible de leur mission.

 

Je me dirigeai vers la salle d’attente mais n’y arrivai pas,

Tout doucement comme un arbre qui tombe, lentement,

Dans un ralenti que je pourrai qualifier de parfait, je rejoignis le sol,

J’étais condamnée, je le savais depuis deux ans déjà,

Mais ce ne serait pas demain, c’était aujourd’hui que je devais partir !

 

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 21:10


 

 

          Depuis la veille, ils avaient commencé à emménager dans les nouveaux locaux. Avec ces bureaux  plus spacieux,  la Direction ne manquerait pas de lui manifester une reconnaissance à la mesure de ses responsabilités actuelles. Surtout que la confidentialité de certains dossiers et les prises de contacts  stratégiques qui lui incomberaient dorénavant, nécessiteraient que son bureau soit d'une taille suffisamment importante pour permettre la tenue de nombreuses réunions.

 

        A l’extérieur,  un souffle d’air glacé la fit frisonner, lui faisant regretter ses bottes fourrées. Son manteau en renard argenté était, lui par contre, tout à fait de saison. Une bourrasque l'enveloppa  et la poursuivit jusque dans l’autobus. A cette heure, la vague des usagers s'étant clairsemée, elle put trouver  une place assise.


       Les nouveaux locaux n’étaient plus qu’à quatre arrêts de bus. Quand viendraient les beaux jours, elle s'y rendrait volontiers à pied.


 Le quartier était agréable et un des plus huppés de la Capitale. Les commerçants commençaient déjà à  solder les vêtements d’hiver, et ceci jusque sur le trottoir. La collection de printemps apparaissait  timidement, ça et là, dans certaines vitrines. Des camions, garés en double file, faisaient les dernières livraisons. Les kiosques à journaux avaient  été pris d’assaut, car on n'y apercevait  plus que quelques hebdomadaires. Les piétons semblaient être les habitants du quartier ou des touristes en quête de bonnes affaires. Depuis la nouvelle législation les motos-crottes se raréfiaient et les chiens aussi, apparemment. Des habitués, feuilletant leurs quotidiens, avaient déjà pris place aux vitrines des cafés. Le soleil hivernal, étincelant, lui fit cligner des yeux. N’eussent été le froid, et le manque de végétation, on aurait cru que le  printemps était déjà là. Distraite par un passant avec une poussette triple, elle faillit manquer l’arrêt.

 

L’entrée de l’immeuble était encombré par des  meubles et des cartons. Bien qu'elle privilégia  habituellement les escaliers, , comme elle était en retard aujourd'hui, elle choisit   l’ascenseur. Les locaux n'étaient pas encore tous emménagés, mais la majorité des bureaux semblaient   déjà attribués. Ceux qui les occupaient semblaient  opérationnels.  Mais comme elle approchait, elle se rendit rapidement compte que les conversations étaient toutes d'ordre privé.  


          
Arrivé à l'emplacement qui aurait pu lui convenir, elle fut surprise de découvrir qu’il était occupé par son adjoint, qui, en se levant à peine,  lui serra la main du bout des doigts.  Ravalant sa surprise, elle se dirigea vers un  petit salon de réception où elle dénicha un siège au milieu des cartons, puis  sortit  le dossier qu’elle avait commencé la veille. Sa secrétaire lui apporta, comme tous les matins, un expresso. Plusieurs employés vinrent lui proposer leurs bureaux, se proposant même de se serrer dans ceux qui restaient. Presque tous les cadres de l’étage défilèrent et lui serrèrent chaleureusement la main. Impavide et souriante elle comptait mentalement ceux qui lui étaient restés fidèles. Un téléphone  lui fut tendu, avec un air contrit et désolé. C’était un appel du Président de la holding. Après l’avoir rapidement salué, il lui affirma que le temps était de l’argent et que bien que reconnaissant ses compétences et son intérêt pour le groupe, un  point très important  de nos jours l’handicapait, sa trop grande gentillesse vis-à-vis de ses inférieurs, et sa réticence à obéir à certains ordres. Mais, quoi qu'il en soit, elle leur était encore utile.  Et comme elle le savait, certainement, ils avaient fusionné, d’où leur déménagement vers dès locaux plus appropriés à leur nouvelle image. En conséquence de quoi, trente pour cent du personnel actuel, devait être remplacé par celui de la nouvelle Société. Les lettres de licenciement, avec effet immédiat, étaient prêtes, elle n’avait plus qu’à y mettre des noms. Tous les autres seraient ses collaborateurs directs. Et il la félicitait encore  pour sa  nouvelle promotion.

 

 

 

         Ce matin d’hiver, elle s’était   levée tard, car, contrairement  aux autres jours, le téléphone, n’avait pas sonné. Après une douche rapide, elle se glissa dans un tailleur saumon et enfila des escarpins noirs.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 14:22

 

«… la presque totalité de mon temps libre à m’instruire de la culture des lieux, grâce aux nombreux ouvrages d’auteurs réputés qui garnissaient les deux bibliothèques du château.  Ce qui fait que mon langage, il est vrai, est plus châtié que celui du commun des gens de maison … »

 

                               Je suis né en  Angleterre en l’an 1942. Et nous faisons partie du personnel de Sir  Aymeric,  septième du nom, depuis maintenant quatre générations. On nous prénomme William de père en fils.

 

                              A la  mort de mon maître, sixième du nom, on m’adjoignit de me rendre  avec sa veuve  au pays d’Anjou, où cette dernière devait entrer en possession d’un héritage  du côté  de sa mère.  Les possessions britanniques  ayant été laissées, d’un commun accord avec feu son mari, des années auparavant, aux descendants de leur lignée, deux jeunes gens très diligents  qui ne pouvaient que les faire fructifier encore d’avantage. Ces derniers s’étant déjà illustrés dans l’exploitation avec grand profit de diverses industries, que leur habilité en affaires,  avaient fait croître  au-delà de ce qui aurait pu être escompté. La gente demoiselle, elle, devenue Lady Simley par son mariage avec un pair du royaume,  avait été pour sa part, richement dotée d'une rente annuelle lui permettant, si par malheur son époux devait tout perdre de son bien, qui était pourtant considérable, pouvoir vivre très honorablement  jusqu’à la fin de ses jours.   

 

                                Arrivé au pays d’Anjou avec Lady Patterson, je m’acclimatai autant que cela se peut pour quelqu’un pour qui la retenue et le flegme britannique avaient été jusqu’à ce jour l’essence même et la mesure du comportement habituel en société. Car je fus, en effet, rapidement confronté à des mœurs et des manières dont je n’avais eu auparavant connaissance que par ouïe dire. Peu habitué à ces conduites si familières, je me tins sur mon quant à moi et évitai tout commerce, sauf en cas d’absolue nécessité, avec les autres gens de la Maison ; tout en m’attelant aux différentes tâches qui m’incombaient, avec diligence et discrétion, afin que nul n’en trouvât à redire. 
 Il vous sera donc aisé de comprendre que mes contacts avec le monde extérieur se limitèrent encore davantage aux strictes nécessités de mes obligations quotidiennes. Cet état des choses perdura pendant quatorze ans, c’est-à-dire jusqu’au décès de Lady Patterson. Ses héritiers préférant liquider la totalité de son avoir en pays d’Anjou, je me trouvai donc bien malgré moi, mis dans l’obligation de trouver une autre charge. Ce qui n’aurait du de prime abord me procurer nul grand changement car je maîtrisais fort heureusement la langue du pays, ayant utilisé la presque totalité de mon temps libre à m’instruire de la culture des lieux, grâce aux nombreux ouvrages d’auteurs réputés qui garnissaient les deux bibliothèques du château.  Ce qui fait que mon langage, il est vrai, est plus châtié que celui du commun des gens de maison et  n’a même rien du parler familier qui est largement diffusé dans la presse écrite ou par les médias audiovisuels locaux.

Cela n’est pourtant que billevesées si on s’attaque au point crucial de mes préoccupations ; celui-ci étant, de prime abord, un élément non immédiatement appréciable. Car je suis  né en Grande-Bretagne, et  nul n’était besoin de posséder là-bas de papiers d’identité, non plus qu’ici car tous mes gages étaient versés sur mon compte au pays de Galles; où j’avais d’ailleurs acquis quelque bien, quand l’heure serait venue de me retirer.
Donc je du, via mon Ambassade faire valoir que j’étais bien ce que je prétendais. Ce qui ne se fit pas sans un an de démarches assidues, avec des tracasseries de toutes sortes, vu qu’un ancien Ministre de l’Intérieur, ayant craint que le pays de France ne fut envahi par des hordes étrangères, voulant s’y établir définitivement aux dépens et aux désagréments de sa population, avait crée de multiples souricières afin que quiconque de mal intentionné ne pu s’y soustraire.
Je me trouvai finalement, dûment estampillé, pour ce que j’étais vraiment, avec une photo récente, ma signature, mon dernier lieu de résidence, ainsi que mes empreintes digitales.

 

                      C’est pourquoi que, depuis le 28 novembre 2000,  comme un lévrier d’exposition, j’ai maintenant mon L.O.F clairement répertorié dans les papiers de cette République, autrement dit, mon origine  ainsi que celle de mes ascendants.

 

 

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 14:08

 



Je suis allée en courant au supermarché, juste pour acheter des œufs et du fromage.

Pas besoin de jetons aujourd’hui ; un grand sac suffira. Mais je les ai aperçues, rebondies, joufflues, aguichantes. Non c’est trop lourd, trop volumineux, mon sac est trop petit…

Peut-être une portion ou deux ? Mais… c’est qu’elles ont l’air juteuses et sucrées !

Alors juste une tranche ! Mais ce n’est point une bonne affaire : plus  du quart du prix pour un huitième de pastèque. Donc, je la palpe puis la prends toute entière, puis la cale tout au fond du sac, qui est maintenant tout distendu et lourd.

Je  le traîne, à présent, comme un boulet, de rayon en rayon. Je n’aurai peut-être pas dû…

En passant je pourrai toujours la redéposer.

Mais mes courses terminées, je suis canalisée vers la caisse la plus proche, par une foule fébrile de retour des vacances, et me voilà ensuite traînant mon fardeau jusqu’au parking,

 soulevant cet haltère improvisé et le déposant d’un coup sur le siège arrière.

A la maison c’est une autre paire de manches, car elle est bien trop grosse pour les clayettes du frigo familial, pourtant très imposant. Qu’à cela ne tienne, je la couperai en deux ; chose pensée, chose faite, mais combien laborieusement. Un film de protection et le tour est joué.

 

Le repas se termine, je sers le fromage et je vais chercher la coupe de fruits, y ajoute des Reines Claude et vais au réfrigérateur chercher une boisson fraîche et vois mes deux immenses joues de pastèque me narguant tout à fait.

Il fait plutôt frais aujourd’hui, mais c’est tout de même un fruit de saison.

Je range donc ma  coupe de fruits.  

Non, il faut écouler cela avant. Je l’apporte donc, sur un plateau avec un énorme couteau.

Les fruits attendront, je pourrai toujours aller les rechercher pour  les plus difficiles.

Ma demi- pastèque, la plus mure et juteuse que j’ai goûté depuis longtemps est mangée en un clin d’œil.

Je m’entends alors dire,

_ Voulez-vous d’autres fruits ?

On me répond :

_ Oui, mais encore un peu de pastèque.

Tout en parlant, ma moitié de pastèque  restante est avalée tout comme la première et l’on me félicite :

_La saison est terminée, c’est la dernière pastèque que nous mangeons sans doute, mais quelle pastèque ! Nous n’en n’avons jamais goûté d’aussi juteuse et sucrée. Vous avez toujours  le chic pour trouver les meilleurs fruits. Où avez-vous donc déniché celle-là ?

Et je réponds, malgré moi :

_Chez mon maraîcher habituel.

 

 

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