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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 23:18

carte-guadeloupe

 

(...)

         La seconde guerre mondiale se termina, et le retour des combattants au pays se  fit peu à peu. Mais la diaspora africaine qui avait essaimé en Amérique et dans les îles connut une scission définitive avec la Nation Mère après l’affaire du Sénégalais : Un îlien de retour du combat était descendu de la passerelle avant qu’on lui en eut donné l’ordre. Il fut immédiatement abattu par un tirailleur sénégalais. Ce fut la panique à Pointe-à-Pitre : « les Sénégalais tirent sur tout ce qui bouge, et massacrent les gens sur les quais ! »

 

        Les Antillais furent à dater de ce jour convaincus qu’ils n’avaient rien de commun avec ces « nègres sauvages » sans discernement et sans cœur. Et ce que n’avaient pas réussi à faire ni la déportation, ni l’esclavage ou l’aliénation fut consommé ce jour-là. D’autres ne se privèrent pas de dire que ces derniers, se comportaient au combat, pires même que les nazis, qui en avaient peur.  C’est pour cette raison qu’ils n’étaient jamais faits prisonniers quand ils étaient pris. L’un de nos compatriotes, noir grand teint, maintenu  prisonnier, témoigna que sa vie n’avait été préservée que parce qu’il avait pu prouver qu’il n’était point Africain. 

 

      Cependant, de nombreux Africains vinrent lors de la libération s’installer en Guadeloupe et s’y fondirent dans la population, mais il ne fallait absolument pas qu’ils disent qu’ils venaient d’arriver d’Afrique, et  ils devinrent des Guadeloupéens comme les autres et allèrent  même, par la suite, jusqu’à revendiquer le joug de l’esclavage. Ils enrichirent le pays de leurs traditions culinaires et de leurs rituels funéraires.

 

       En 1946, grâce au sang versé par les Antillais pour la libération de la France, Aimé Césaire demanda et obtint la départementalisation pour les petites Antilles.

 

       La guerre terminée, la vie  reprit peu à peu un cours normal. Il n’y eut pas contrairement à la Métropole d’épuration en Guadeloupe, car le basculement s’était déjà fait dès 1943. Mais tout ce que nous avions vécu nous faisait encore mieux mesurer les avantages de la paix et  les  possibilités inexploitées qu’elle  nous offrait.

 

(...)

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 23:30

 

Carte de l' Afrique et du Moyen-Orient  

Quand je fus affecté en 1964, tout était à mettre en place ; la politique éducative n’avait  vraiment commencé que depuis la Déclaration d’Indépendance du Ruanda-Urundi en 1962 ; autrement dit deux ans seulement auparavant.

Les directives présidentielles prévoyaient que tous les enfants issus de la  même classe d’âge devaient débuter leur éducation en même temps et être instruits et éduqués de manière identique ; qu’ils soient issus de la famille royale Tutsi, simples Tutsis, Hutus ou Twa.

 

En 1959, le dernier roi Tutsi avait été destitué par les Belges et le nouveau Président élu était Hutu.

En effet les Rwandais  avaient été d’abord colonisés par les Allemands avant de l’être par les Belges.

 

C’était l’époque de la démocratisation où nobles et non nobles avaient désormais les mêmes droits. C’était, également le début de l’ère de l’apprentissage de l’écriture qui venait de débuter au Rwanda « afin que les habitants s’approprient peu à peu les sciences nouvelles de ceux qui venaient de l’extérieur ».
Mais il serait erroné de croire que le pays  ne possédait  auparavant ni bibliothèque  ni tradition culturelle propre. Les connaissances et les traditions étaient auparavant orales et transmises par des « hommes bibliothèques ».  Ces hommes mémoires étaient communément appelés «  griots ». Ils se trouvaient souvent à l’intérieur d’une même lignée, génération après génération, pour une facilité évidente de transmission familiale.  Mais ils pouvaient également être choisis  après une série d’épreuves.  On exigeait d’eux une mémoire infaillible. Les élus désignés devaient mémoriser  et seulement mémoriser. Il leur était interdit d’interpréter ou de modifier aucun détail, même le plus infime. Ils étaient responsables de la conservation et de la transmission de deux sortes de textes : les textes royaux et les textes populaires.

Les textes royaux comprenaient les listes généalogiques Ubucurabwenge, les mythes Ibitekerezo, les poèmes Ibisigo  et les rituels magiques de cérémonie Ubwiru.

 

Avant l’Indépendance plus de quarante-trois souverains s’étaient succédé et chaque lignée devait être retenue par cœur. La première lignée est décrite comme provenant d’un autre monde et ayant atterri là où ils trouvèrent les gens qui s’y trouvaient déjà.

 

Les textes populaires, eux, étaient utilisés pour la vie quotidienne. Certains appelés Amateka y’Imityango résumaient l’histoire des grandes familles rwandaises. Les Ibyivugo  étaient des poésies héroïques. Les Indirimbo z’Ingabo étaient chantés lors des combats, les poésies pastorales s’appelaient Amazina y’inka, la poésie cynégétique Imyasiro, les proverbes et dictons Imigani, les énigmes et devinettes Ibisakuzo. Les chants Inanga devaient être accompagnés par l’Inanga, un  instrument à cordes traditionnel. Enfin il y avait la liste des chansons de louanges, d’amour ou encore les berceuses pour les enfants.

Ces retransmetteurs ne devaient oublier ni modifier aucun signe, ni aucun mot, sous peine de lourdes sanctions. Et de temps à autre le roi et la reine mère les interrogeaient pour vérifier la bonne conservation de leur bibliothèque.

 

(...)

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 00:37

carte-de-syrie

 

(…)

L’or syrien était de 22 carats et le travail d’orfèvrerie magnifique ; les vêtements en Soie brodée, souvent de très grande facture ; les bonnets de prière en dentelle très finement ouvragés.

             Comme l’Egypte n’était pas loin, j’en profitai pour aller visiter les pyramides.  C’est pour cela que  j’ai pu vous ramener cette année-là des soleils syriens en or, et des scarabées égyptiens sculptés dans de la pierre poreuse ou de l’os. ( …)

              Quand je rentrai en Syrie, à la fin des vacances de cet été de 1970, je me retrouvai dans une région géographique à l’équilibre instable, car  les Palestiniens de l’OLP, qui avaient été chassés de Cisjordanie, après le Septembre Noir, venaient d’envahir le Sud du Liban ; bien que le mouvement contre  la monarchie hachémite n’ait pas eu le soutien d’Arafat.

 

            Ce fut, je crois, l’occasion pour le royaume de Jordanie de s’accaparer des terres qu’Israël n’avait.pas encore annexées.         

                                                                                                             

              Les Palestiniens avaient pourtant toute la bienveillance de la Syrie. Aux postes frontières entre le Liban et la Syrie, ils n’avaient point besoin de laissez-passer ; il leur suffisait de dire « Fédayin ». Pourtant rien n’était vraiment fait pour les intégrer. Au contraire, sur leur passeport on apposait le tampon Palestinien, même lorsqu’ ils étaient nés ailleurs qu’en Palestine.

En fait, ils servaient d’otages aux ambitions inavouées de certains Etats arabes.

La Syrie, grâce à ces divers troubles, ne cachait pas son rêve de récupérer le plateau du Golan conquis par Israël en 1967, et pourquoi pas de reconstituer la grande Syrie en annexant le Liban, qui avait acquis son indépendance définitive en 1945. Cela lui permettrait  de bénéficier des opportunités commerciales que lui offrirait le  port de Beyrouth.  

 

(…)

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 22:02

usine-roubaix10

 

(...)

 

C’est à cette époque que  le gouverneur Sorin fut envoyé dans notre île.

Le navire La Jeanne croisait au large des côtes, prêt à écraser toute velléité de révolte. Ce qui n’empêcha pas Saint-Pierre et Miquelon de passer aux alliés  le 24 novembre 1941 ; puis vint le tour de Saint-Martin et de la Guyane.

 

 (…)

 

Après le 27 novembre 1942, quand la flotte française fut sabordée à Toulon, à cause de l’invasion de la zone libre par l’Allemagne nazie, les quelques bateaux échappés du sabordage se replièrent sur l’Afrique du Nord et les  liaisons maritimes avec la France furent complètement interrompues.   Nous fûmes, en ces années-là, invités à survivre par nos propres moyens.  

 

(…)

 

Pendant cette période, des petits métiers tels que la cordonnerie ou la couture devinrent une véritable industrie. On vit apparaître des chaussures en paille de cocotier, en herbe de « karata [1]» ou en caoutchouc de vieux pneus. Pourtant on pouvait acheter des chaussures en cuir fabriquées sur place, parfois même en cuir de bœuf, mais elles coûtaient fort cher. Aussi  la peau la plus utilisée pour les sandalettes et même les chaussures était celle de cabris.

Ces derniers constituaient, par ailleurs, une source de protéines animales non négligeable, car c’étaient des animaux rustiques et résistants, qui se nourrissaient de n’importe quelle ronce.

Quoi qu’il en soit, tout était économisé, repris, et réparé mille fois.

Les sacs de farine servaient à confectionner des vêtements et des draps. Les vêtements usagés étaient reprisés, recoupés, recousus. Tout avait de la valeur. Des feuilles de bananier étaient tressées pour faire des nattes. Les sacs de jute étaient très recherchés, car non seulement ils servaient à entreposer le sucre, mais également à faire des matelas. Ils étaient alors rembourrés avec de la paille de maïs séchée. Ces matelas improvisés paraissaient, au prime abord, confortables, mais ce n’était qu’en apparence.

Quand le jute fut épuisé, les sucriers commandèrent des sacs en coton au Brésil.

 

Pourtant nous plantions du coton. Les graines de coton étaient semées au début de l’hivernage, au mois de juillet, et la récolte se faisait  en plein carême, c'est-à-dire entre février et mars. Mais nous n’usinions aucun article, même le plus infime. Car aucune industrie de filage ne fut jamais initiée en Guadeloupe. Nos fleurs de coton séchées, épépinées, puis cardées ne servaient qu’à rembourrer nos oreillers ou nos matelas tapissier. Pourtant notre coton « longue soie », très recherché dès le  XVIIIe siècle,  approvisionnait l’industrie métropolitaine. Il avait permis  grâce  aux  avancées agricoles des cultures et leur amélioration d’être présent, là-bas, dès le début de la révolution industrielle.

 Les villes importatrices, avant la seconde guerre, étaient Rouen, Roubaix ou Mulhouse. En tant que colonie nous ne devions produire que ce qui ne pouvait être usiné en Métropole. C’est pour cette raison que notre savoir-faire se bornait surtout en recyclage ou à la récupération de produits déjà fabriqués.

 



[1]          Variété d’herbe souple et résistante qui blanchit quand on la fait sécher

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 22:46

 Carte de l' Afrique et du Moyen-Orient

 

 

 

(…)

 

Quand je quittai la Somalie le taux d’alphabétisation n’était que de  cinq pour cent, pour une  population d’environ  quatre millions d’habitants.

 

Comme tu le sais, de nos jours le pays n’a plus de gouvernement, de flotte, ni de défense côtière. Les contingentements de la pêche ont amené d’énormes chalutiers étrangers qui ont dragué toute la ressource de la mer. Pour beaucoup de bateaux c’est l’endroit idéal pour démazouter. En outre, des gouvernements occidentaux n’hésitent pas à s’y débarrasser de la majorité de leurs déchets nucléaires. La population côtière affamée et irradiée, soutient donc à 70% l’action de ses pirates.  

 

A mon arrivée à Damas, je dépendais de l’Ambassade de France, reçus une plaque diplomatique, et trouvai rapidement un appartement encerclé  par une grande terrasse en marbre  au sommet d’un immeuble, situé dans l’un des quartiers les plus  agréables de la capitale.  

Les maisons, un peu plus haut, servaient de lieu de résidence aux invités du Président. Comme l’immeuble était au sommet d’une crête,  j’avais une vue plongeante sur l’ensemble de la ville. Seul bémol, il  y avait une base militaire derrière la colline et les longs courriers  la survolaient  en permanence.

 A Damas, il y avait deux cinémas, pas de boîtes de nuit, et de nombreuses femmes portant le voile. La population se composait de 88% d’Arabes, de 8% de  kurdes  (la frontière turque était proche) et d’environ de 3% d’Arméniens.

Grâce à mes élèves, je me fis rapidement de nombreux amis parmi la population.  Je m’y sentais bien, même si je pensais parfois avec nostalgie à ce que j’avais voulu poursuivre en Afrique. J’espérais  que l’Unesco, secondé par les ambassades, avec les moyens mis à leur disposition, pourraient exceller ailleurs sur le Continent africain, dans ce que je n’avais fait qu’ébaucher en deux ans au Rwanda ans ou esquisser en Somalie, pendant les trois années que j’y avais passées.

( …) 

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 16:29

  alain-galaup_volcan.jpegPeinture d'Alain Galaup "Volcan"

 

Alain Galaup, à la découverte d'un peintre

 

Je dus faire face en un laps de temps très court à des problèmes cruciaux  et ne pus revenir à Paris pour la rentrée. (...)

 

En outre, quand j’arrivai au Port-Louis, je trouvai une situation telle que ma mère me l’avait décrite épistolairement : la population de la Grande-Terre avait doublé, car certaines villes de la Basse-Terre avaient été désertées. Presque toute la Guadeloupe proprement dite s’était pratiquement retrouvée en Grande-Terre.

Les gens de la Basse-Terre avaient du clouer leurs portes, ne sachant pas quand ils reviendraient ou même s’ils pourraient revenir un jour.

Certains avaient du s’enfuir en toute hâte de leurs maisons qui étaient déjà recouvertes par dix centimètres de cendres. D’autres avaient été contraints de laisser leurs animaux domestiques ainsi que leur bétail, car eux-mêmes, hébergés dans des abris de fortune, n’avaient aucun parent ou connaissance susceptibles de pouvoir les accueillir en Grande-Terre.

 

Cette année-là, deux théories s’affrontèrent, celles des Théoriciens avec le Professeur  Brousse, qui préconisait que l’irruption de La Soufrière libérerait une puissance équivalente à  plusieurs bombes atomiques, et celle  des Praticiens, représentés par  Haroun Tazieff, qui ayant étudié les volcans partout dans le monde, affirmait que l’irruption n’aurait pas lieu ; du moins pas de façon éminente, car seules de la vapeur d’eau chaude et des roches anciennes s’échappaient du cratère. Il prétendait également que La Soufrière n’était pas encore arrivée à maturité pour une explosion de cette envergure.

Cependant, dans le doute, et par mesure de précaution, le Préfet déclencha le « Plan Orsec-Eruption » le 20 août 1976. Car, il craignait que, s’il tardait trop,  il n’y ait aucun survivant comme ce fut le cas en 1902, avec la Montagne Pelée en Martinique.

 

Il y eut un exode massif de populations ; que la Guadeloupe n’avait jamais connu ou vu auparavant, sauf sur les écrans de  télévision.

Rien ne s’était encore normalisé à la rentrée 1976, car l’alerte dura jusqu’au mois de mars 1977. 

Ce mouvement de populations se fit dans la précipitation et sans aide apparente et, à part la publicité faite sur l’évènement, les Guadeloupéens se retrouvèrent comme «  An tan Sorin », ne devant compter que sur eux-mêmes.

Il y avait des queues interminables de voitures et cela prenait parfois plus de six heures pour faire 15 kms.

Tous partirent donc à pied, à dos d’âne ou en voiture. D’autres, sans moyen de transport, préférèrent affronter la mort que  de se voir confrontés, à leur retour, à une situation encore pire qu’à leur départ. Ils décidèrent donc de ne pas abandonner leurs habitations. 

Heureusement la plupart des sinistrés abandonnés trouvèrent, entre temps, des âmes charitables venues les chercher afin de les convaincre de s'en aller.

 

Etrangement les militaires, si prompts à occuper le terrain à la moindre manifestation, restèrent en cette occasion confinés dans leurs casernes avec leurs véhicules.

 

Au mois d’août 1976, quand le «  Plan Orsec-Eruption » fut déclaré, 76.000 personnes de plus quittèrent la Guadeloupe proprement-dite. 56.000 d’entre elles louèrent des logements ou furent accueillis  chez l’habitant, et les 20.000 restantes hébergées dans des Ecoles ; qui durent  non seulement, en cette occasion, loger des familles entières, mais encore prévoir le double d’élèves, pour la prochaine rentrée. Car rien ne semblait avoir été planifié en amont. Les premières nuits, les familles dormirent sur des tables, sur le sol ou même sur plusieurs chaises mises bout à bout.

Le ravitaillement et les sanitaires étaient également manquants.

Comme nous ne le croyons possible que dans les pays les plus déshérités du tiers-monde, des populations déjà peu prospères, virent arriver de plus pauvres encore, car elles avaient du tout abandonner. Surtout  si l’on sait que la Basse-Terre, terre d’agriculture et d’élevage,  avait l’habitude d’approvisionner la Grande-Terre en denrées vivrières. 

 Quand la situation se régula les gens eurent un lit pour quatre ou cinq, selon l’âge des réfugiés. Les repas ne furent servis que deux fois par jour, le petit déjeuner pouvait l’être à onze heures et le repas principal à quinze heures par exemple. Bien que scolarisés à mi-temps, les enfants durent donc souvent se rendre à l’école le ventre vide, et ceci dura pendant toute la durée de l’alerte.

 

Ce fut une période de grande misère, car seule la charité des populations accueillantes faisait la différence, car ils n’avaient pour les plus déshérités d’entre eux, que très peu d’argent en poche et aucune possibilité d’en gagner. Beaucoup de bateaux vinrent de la Martinique avec des dons de petits agriculteurs afin d’aider les Guadeloupéens sinistrés. Tout ce qui pouvait être offert le fut par les habitants de l’île voisine.

Car, les morts en moins, seule la situation de la Nouvelle-Orléans, pouvait décrire ce que vécurent les plus démunis à cette époque-là en Guadeloupe.

Bien que l’alerte ne fût levée qu’en mars 1977, certains regagnèrent leur domicile dès novembre 1976 ;  ne pouvant supporter de vivre dans une telle promiscuité et surtout un tel dénuement. Ils avaient souvent faim, alors que chez eux, les fruits et les légumes de leurs jardins créoles pourrissaient sur place, et que leurs animaux mouraient faute de soins et d’eau.

 

Après les évènements, comme il n’y eut pas de catastrophe ni de morts, les médias se détournèrent des réfugiés, mais le département était exsangue. C’est alors que les vraies difficultés commercèrent, car toute l’économie de l’île était à genoux.

Et la Guadeloupe se releva seule.

C’est en ce temps-là que des communes entières de la Basse-Terre se vidèrent de presque tous  leurs habitants, comme celle de Saint-Claude, par exemple. Car avec leurs économies, la plupart de ses habitants s’établirent définitivement au Moule.

 

Cette catastropha annoncée avait tout de même ressoudé les deux Guadeloupes. Les plus riches mendiant aux plus pauvres, et cela ne put être oublié.

 

(...)

 

 

 

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 21:56

 

La maison de grand-mère au Port-Louis

 

 

 

Ce jour du 12 septembre 1989 (…) une dépression tropicale sans précédent était annoncée sur toutes les ondes hertziennes. Nous priions pour qu’elle  nous épargne et passe au large de nos côtes ou encore qu'elle se déchaine en mer, mais les informations  se faisaient de plus en plus alarmantes.

Alors, je fis comme tous mes compatriotes, en prévision d’un  cyclone, achetai deux bouteilles de gaz  ainsi que des bougies.  Pour parer à tout imprévu, je fis également des emplettes de biscuits salés, de café, de sucre, d’huile et de savon, sans  oublier  de me pourvoir  de quelques  racines, de cochon et de  morue salés, ainsi que de légumes secs et de packs  d’eau minérale.

 Car les vents violents avaient coutume d’emporter les  lignes à haute tension, coupant  l’électricité,  et tout ce qui était au réfrigérateur ou au congélateur risquerait d’être  perdu. En outre, lors des cyclones, les canalisations d’eau étaient souvent rompues et souillées. 

 

Le  14, la menace se précisa. Je colmatai donc toutes les ouvertures de mon appartement et renforçai les baies vitrées de croisillons en  papier kraft.

Il ne me restait plus qu’à prévenir ma sœur afin qu’elle prépare ses bagages et que j’aille la chercher au Port-Louis, car le déchainement du cyclone serait beaucoup plus effrayant dans la grande maison en bois, à quelques mètres de la mer que dans mon appartement de Pointe-à-Pitre.

 Mes précautions ne furent pas inutiles puisque le 16 septembre le Préfet déclencha le « Plan Orsec-Cyclone ». Les services météorologiques avaient prévu que dans la nuit du 16 au 17, le cyclone Hugo, l’un des  plus violents jamais connu dans la Caraïbe, traverserait les petites Antilles, et balaierait la Guadeloupe. Ils atteindrait  une force inouïe ;  pouvant aller jusqu’à 240 km/h. Dans quelques heures ce serait l’alerte maximale et tout le monde devrait rester cloîtré chez soi.

Je partis donc sans tarder. Quand j’arrivai au Port-Louis, ma sœur avait déjà préparé sa valise, mais à la dernière minute décida de rester. Je lui conseillai donc de se réfugier chez une voisine possédant un rez-de-chaussée en béton et m’apprêtai à repartir vers Pointe-à-Pitre. Mais, alors que j’allais démarrer, un étrange pressentiment me fit changer d’avis.

 

Bien que cela n’ait pas été prévu ainsi, nous nous apprêtâmes à affronter ensemble le cyclone Hugo dans la maison familiale du Port-Louis ; sans appréhension particulière, puisqu’elle en avait connu maints autres. 

Nous bloquâmes les portes extérieures et les fenêtres avec les grosses barres de bois, et vérifiâmes que les portes du rez-de-chaussée, de l’étage, et du galetas étaient toutes bien  verrouillées. 

 

Les rues se vidèrent peu à peu, alors que la radio annonçait qu’Hugo approchait. Le ciel était d'un bleu limpide, mais on n’entendait plus un souffle de vent, comme si ce dernier avait été aspiré par la dépression.

Puis le vent commença à souffler, cinglant, giflant, et des pluies diluviennes lavèrent la chaussée, comme des seaux d'eau lancés à la volée. On les entendait s’écouler bruyamment le long des trottoirs et dans le caniveau. Des cascades torrentielles se déversèrent sur le toit de la maison.

Je  ne pouvais ni tenir en place,  ni m’empêcher de revérifier encore et encore que tout était correctement fermé.

 Notre maison qui datait du début du XIXe siècle, et avait été faite et refaite planche par planche depuis l’origine, craqua. Mais elle tenait encore bon. Nous entendions la mer, qui se trouvait à une trentaine de mètres de là , battre violemment la jetée, puis de l’eau de mer et des embruns s’infiltrèrent peu à peu entre les cloisons extérieures; se frayant un chemin dans le  moindre interstice. 

Nous ne pouvions nommer les bruits non identifiés qui résonnaient tout autour de nous, mélange de hurlements, d’objets tombés, de cognements, de raclements.  Quelque chose de lourd frappa la toiture, glissa puis roula jusqu’à la gouttière. Des bras puissants testaient la solidité des portes et des huisseries.

Ma soeur avait empoigné sa petite valise et voulait maintenant se rendre à l’église ; mais on ne sortait pas pendant un cyclone, sous peine de s’envoler ou bien pire encore.

La maison se vrillait, souffrait, comptait ses planches, les disloquait mais tenait encore. Puis soudain elle commença à céder. Croyant ma dernière heure venue, j’empoignai le téléphone et essayai de transmettre  à mon ex-femme et à mes enfants mes dernières pensées.

J'étais conscient que nous n’avions le choix qu’entre l’écrasement sous les décombres ou la décapitation par une feuille de tôle volante si nous nous aventurions à l’extérieur. Néanmoins, je déverrouillai la porte arrière et entendis  un grand silence, le calme précédant les grandes catastrophes, et compris alors que  nous étions dans l’œil du cyclone. C'est ce qui nous sauva.

 

J’avais fait construire à l’extérieur, dans le prolongement d’une petite courette fermée, un local en ciment pouvant contenir une voiture, ainsi qu’un autre pour du rangement ainsi qu’une salle de bain indépendante qui était généralement utilisée quand  nous revenions de la plage. Je décidai que nous nous rendions sans tarder dans le local de rangement, abandonnant à l'étage la valise que ma soeur avait eu l'intention d'emporter.

Quelques minutes après nous entendîmes un bruit terrible, comme un tremblement de terre, le sol bougea sous nos pieds, puis un craquement sourd, progressif, de quelque chose qui cède peu à peu.

 

Malheureusement dans notre hâte nous n’avions pas eu le temps  d’emporter le transistor qui nous tenait informé jusque là de la progression de la dépression. Aussi nous n’avions nulle idée de ce qui pouvait se passer à l’extérieur. Quand nous entendîmes des voix, des interpellations dans les rues et les klaxons des voitures, nous comprîmes que le cyclone continuait sa route et que nous pouvions enfin sortir de notre abri.      

 

De cette belle maison coloniale de huit pièces à vivre, il ne restait plus que des vestiges. Tout ce que nous avions possédé était par  terre. Envolés les souvenirs de famille. Finis les meubles en acajou massif, en miettes la porcelaine de Chine et le Crystal de Bohême. Il n’y avait plus rien !

 De la maison, seule forme encore discernable, les fenêtres extérieures du grand grenier, de guingois, comme  des bougies sur un gâteau cassé, dont il ne resterait plus que le faîte. Et les rails du grand balcon, semblables à un mécano démonté, se trouvaient maintenant déposés sur le trottoir.

 

cyclone-image-maison des grands-parents au Port-Louis

 

Nous apprîmes ensuite que les rafales de vent avaient atteint 250 à 300 kilomètres heure, et que le cyclone Hugo, dépression tropicale de classe cinq, avait provoqué  vingt-deux morts, de nombreux blessés,  et qu’il y avait plus de vingt-deux milles sans abris (… )

Pour l’instant,  nous cherchions dans les ruines de notre maison quelques objets encore identifiables, auxquels seuls nos souvenirs pouvaient encore donner forme (…)

 

Tout autour de nous, comme sur une scène de temps de guerre,  un spectacle de désolation identique. Le toit de l’église qui venait d’être refait avait été emporté. Toute la rue semblait une pyramide de cartes tombées. Les gens hébétés erraient entre les ruines de leurs anciennes demeures. Avec une patience d’archéologues,  ils essayaient, tout comme moi,  de dénicher ce qui pouvait être encore sauvé. Seules les maisons en dur, recouvertes d’un toit en ciment protégé par des feuilles de zinc collé,  avaient bien résisté.

 

Des plus déshérités que nous, vinrent nous demander des morceaux de notre maison pour se reconstruire une case ou du moins un abri de fortune. Nous, nous étions comme hébétés par la perte d’un être cher. C’était avant tout dans notre affect que nous avions été touchés. Et nous considérâmes cela comme une demande de don d’organes, de ce qui avait été, bien qu’il y ait un certain temps déjà, le lieu de vie d’une famille nombreuse et  prospère. Nous contemplions les ruines de notre vie passée, souvenir de tant de rires, mais de tant de pleurs aussi. Le dernier acte de cette habitation venait d’être joué. C’est ainsi que partit en pièces détachée notre maison du Port-Louis. 

(…)

Nous ne fûmes pas indemnisés (...)  Il me fut dit que la maison était ancienne et avait été surévaluée ; surtout qu’il  restait très peu de planches après que chacun se fut servi. Les seuls souvenirs de sa grandeur passée furent des sanguines faites par un artiste, comme celle que t’offrit Enry.

 

Les P.T.T ne voulurent pas suspendre notre abonnement avant que nous pûmes leur apporter les téléphones qui se trouvaient enfouis sous les gravats. Nous ne fûmes pas les seuls dans cette situation en Guadeloupe. Cela pris des mois, car tout le département  était un immense chantier de démolition et de reconstruction.

 

Nous entendîmes à la radio, peu de temps après, que le Conseil Général de notre département  avait envoyé 4,5 millions de Francs à la Roumanie. Démagogie, inconscience ou inconsistance de gestion territoriale, d’une ancienne colonie qui cherchait à  se prouver ou se trouver une dignité de nation ?

 

Il est vrai que les Guadeloupéens se firent un point d’honneur à se relever seuls de cette catastrophe. Les indemnités versées furent très en deçà de ce que les gens avaient réellement perdu ; faute bien sûr de pouvoir toujours en apporter la preuve.

 

                  Le retour à Pointe-à-Pitre fut ardu, car les routes étaient jonchées de tôles arrachées, d’arbres tombés et encombrées par toutes sortes de déchets. Mais nous au moins avions pu récupérer ce qui pouvait encore l’être. Surtout nous n’avions plus à nous rendre au Port-Louis pour savoir ce qu’il était advenu de notre demeure (…)

 

Chantal Sayegh-Dursus©Propriété Intellectuelle Sécurisée (Extrait de La dignité des hommes)

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 12:27

 La maison de grand-mère au Port-Louis

 

                  On lui avait annoncé qu’il était au plus mal. Mais des obligations professionnelles, auxquelles étaient venus se greffer  des problèmes incontournables et urgents,  avaient fait qu’elle ne fût pas présente lors de son décès.  Elle ne put donc recueillir ses derniers mots.

 

                Cependant, tout au fond d’elle-même, elle savait qu’elle occultait l’essentiel, qu’elle avançait   des prétextes futiles, inventait des pis-aller ; juste pour ne pas regarder la vérité en face. Car, il fallait bien qu’elle le  reconnaisse aujourd’hui ; le problème était tout autre.

 

 

               En effet, la dernière fois qu’ils s’étaient vus, cela avait été uniquement de son fait.  Car, apparemment,  elle l’avait pris par surprise. Comme elle avait pu le constater en arrivant, il avait débranché son combiné, bien qu' elle lui ait fait savoir avant son arrivée, qu’elle chercherait à le joindre ce jour-là.

Son accueil avait été froid, impersonnel. Aussi, après leur avoir  rapidement remis les quelques présents qu’elle leur avait apporté, elle s’en était allée au bout de cinq minutes, sans même qu’un verre d’eau lui soit offert. Il se pourrait que la présence de sa tante, de retour de l’hôpital y ait été pour quelque chose ? Ou peut-être pas !

 

 

                 Elle chassa sur le moment ce souvenir désagréable, comme un insecte inopportun, et se rendit ensuite chez son ancienne logeuse qu’elle n’avait pas revue depuis ses années d’Université ; cela faisait déjà  bien plus de trois décennies.

Celle-ci vivait maintenant avec une de ses sœurs retraitée.

Leur joie et la coupe de champagne, qu’elles lui offrirent lui firent oublier sa rencontre précédente. Bien que son esprit ne put s’empêcher de faire une rapide comparaison avec l’accueil qu’il lui avait réservé.

Son avion devant bientôt s’envoler, aussi elle ne put accepter leur invitation à dîner. Mais elles ne la laissèrent s’en aller avant qu’elles ne l’aient assuré de leur affection par de multiples attentions et de nombreux présents.

 

 

              Depuis ce rendez-vous manqué, enfin cette non rencontre, elle revenait maintenant au pays, deux ans après, pour son enterrement. C’était d’ailleurs tout à fait naturel. Et nul ne fut étonné que la cérémonie ait été repoussée en attendant sa venue. On le lui avait d’ailleurs aimablement proposé.

 

 

              Fouillant maintenant dans sa mémoire, elle essayait de faire revivre les souvenirs qui l’avaient marquée quand elle vivait encore avec lui. Bien peu, quand elle y réfléchissait maintenant ; il n’avait été entièrement présent qu’une année complète  sur leur cinq ans de vie commune. Car il venait surtout le week-end, dans ce qui était supposé être son habitation principale ; puisqu' il travaillait dans une autre Ville, distante d’une centaine de kilomètres de là.   

 

 

               Après le divorce, elle l’avait complètement perdu de vue. Puis il y avait eu des vacances passées ensemble, pendant un an ou deux, avant qu’il ne parte définitivement travailler à la Coopération Internationale. Quand il était de passage, il lui offrait de petits souvenirs rapportés du Rwanda, de Somalie, de Syrie ou encore d’Egypte. Lors de son absence, elle recevait une lettre ou deux, ou parfois même d’avantage.

 

 

Mais en y réfléchissant  maintenant, elle réalisait qu’elle l’avait très peu connu.

Aussi c’est  en puisant dans les souvenirs anciens, des cinq années passées ensemble, qu’elle commença, dans l’avion qui la menait jusqu’à lui ; enfin jusqu’à sa dépouille mortelle, à rédiger son oraison funèbre.

 

Papa,

(…)

 

 

 

Extrait du Manuscrit " La dignité des hommes" par Chantal Sayegh-Dursus © CopyrightFrance.com

 

 

 

 

 

         

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